Bordeaux retrouve timidement la mémoire

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Remise d'un rapport sur la traite des Noirs à Bordeaux, plaque commémorative et gerbes de fleurs blanches jetées dans la Garonne... Pour la première journée nationale de commémoration de l'abolition de l'esclavage, célébrée hier, la ville a marqué le coup. Ancien port négrier, Bordeaux s'est dotée en juillet 2005 d'un comité de réflexion et de proposition sur la traite des Noirs. Son rapport, rendu hier, sonne malheureusement creux. Pour Karfa Diallo, membre du comité et leader de l'association DiversCités, qui milite depuis dix ans pour que Bordeaux regarde son histoire en face, « le comité n'a pas assez travaillé. » Si le projet de création d'un mémorial dans la ZAC des Chartrons, « lieu de mémoire et d'échanges », a été confirmé par l'écrivain Denis Tillinac, président du comité, d'autres propositions ont été rejetées. Mentionner par exemple la participation des armateurs bordelais à la traite sur les plaques de rues qui portent leurs noms « n'était pas souhaitable, a-t-il estimé. Car on stigmatise une famille par la dénonciation. » Pour Karfa Diallo, il s'agissait au contraire d'un « travail pédagogique destiné à expliquer comment des personnes ont travaillé pour enrichir la ville ». Satisfait du « travail de reconnaissance » célébré hier, « le travail de mémoire reste à faire », a-t-il ajouté. Les édiles locaux sont en tout cas unanimes pour que Bordeaux centralise le travail de mémoire des anciens ports négriers, comme Nantes, Bristol, Porto ou Bilbao. Un lieu dévolu à cette fonction pourrait voir le jour à Bordeaux. Un projet qui va dépendre de la capacité du comité à poursuivre ses actions.

Marion Guillot

Candidate au classement Unesco pour son architecture du xviiie siècle, Bordeaux a tout intérêt à approfondir ce travail de mémoire. « Notre dossier sera jugé par vingt et un pays, dont plusieurs africains », rappelle Martine Moulin-Boudard, élue municipale en charge du dossier.