Anticiper l'épuisement de la ressource en eau, en Gironde

Elsa provenzano

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Certaines nappes sont déjà dans le rouge dans le département. Ainsi, dans la couche éocène, 60 millions de m³ sont extraits chaque année alors que le seuil critique à ne pas franchir pour assurer une gestion durable serait de 40 millions de m³. Voici l'un des constats relevés, hier, par l'étude menée conjointement par l'Insee, le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) et le Syndicat mixte d'études pour la gestion de la ressource en eau de la Gironde (Smegreg). Les résultats visent à guider la révision du schéma d'aménagement et de gestion des eaux (SAGE), prévue d'ici fin 2 012. Il a pour mission de trouver des ressources de substitution.

La quasi-totalité de l'eau potable provient de nappes souterraines préservées des pollutions de surface, qui lui confèrent une très bonne qualité. « Mais, malgré d'énormes stocks de plusieurs milliards de m³, les nappes fonctionnent de telle manière qu'on ne peut y prélever qu'un certain seuil », explique Bruno de Grissac, directeur du Smegreg. Avec 300 000 habitants attendus en plus dans les 30 prochaines années, et l'attractivité touristique du littoral en été, les 10 % d'économies d'eau réalisées depuis 10 ans apparaissent insuffisantes.

Traiter l'eau ou la transporter
C'est l'alternative à laquelle le Sage va devoir répondre. Les eaux superficielles (rivières, jalles) et les nappes phréatiques (première couche sous le sol) sont accessibles mais requièrent des traitements importants. Une alternative choisie par Toulouse qui traite l'eau de la Garonne. « On ne peut pas exclure cette option », remarque Jean-Pierre Turon, président du Smegreg. Autre scénario possible, de nouvelles nappes profondes, localisées dans le sud du département et à Lacanau, pourraient être exploitées. Cependant, il faudrait construire des ouvrages, tels des aqueducs, pour acheminer l'eau vers les bassins de population. Or, le transport de l'eau coûte très cher puisqu'il représente 80 % de son coût.

la sécheresse ne provoque pas d'inquiétude

Le manque de pluviométrie des dernières années a en réalité peu d'impact sur les couches profondes, il touche surtout les nappes superficielles et phréatiques. De plus, l'étude de ce phénomène permet de mieux anticiper les années à venir. Les spécialistes sont moins inquiets qu'en 2003, ils savent maintenant qu'il est encore possible d'exploiter les nappes profondes.