Une réforme qui passe mal

Elsa provenzano

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Les viticulteurs craignent une dévalorisation des vignobles AOC.
Les viticulteurs craignent une dévalorisation des vignobles AOC. — s.ortola/20 minutes

«Si les droits de plantation sont supprimés, on peut imaginer, par exemple, qu'une région céréalière comme le Centre se mette à faire du vin de table », relève Thomas Solans, secrétaire général des Jeunes agriculteurs de la Gironde. Cette organisation a manifesté hier, place de la Bourse à Bordeaux pour dénoncer l'abolition des droits de plantation prévue par la Commission européenne au 1er janvier 2016. Une mobilisation avait lieu dans toutes les régions viticoles à l'occasion de l'ouverture du salon SITEVI (salon international pour les filières vigne, vin et fruits et légumes) à Montpellier.

La menace d'« une surproduction »
« À moyen terme, cette mesure conduira à une surproduction et donc à une baisse des prix », estime Yann Le Goaster, directeur de la fédération des grands vins de Bordeaux. Aujourd'hui, pour obtenir ces fameux droits, il faut que l'appellation jouisse d'une bonne santé économique. « Compte tenu des difficultés de la filière, cela fait des années qu'on ne demande plus de droits nouveaux », précise le directeur de la fédération. Toute la filière des AOC (appellations d'origine contrôlée), de la Gironde est opposée à cette mesure et a signé une déclaration en octobre. Pour les professionnels, cette loi signifierait la mort des exploitations familiales au profit d'une logique agro-industrielle. « Du vin sans indication géographique (ou vin de table) pourrait être produit à l'australienne, sur des milliers d'hectares dans les Landes par exemple », remarque Yann Le Goaster. En Australie, la surproduction a contraint les viticulteurs à l'arrachement de pieds.
La filière attend du gouvernement français qu'il travaille avec l'Allemagne pour obtenir une majorité contre la réforme à la Commission. Elle espère une solution dans les à six mois.