Une esclave invisible aux Aubiers

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Pour la France, Jamila* n'existait pas. Et pourtant, chaque jour à la cité des Aubiers cette Marocaine, arrivée en 1997 à l'âge de onze ans, servait d'esclave à une famille algérienne. Aujourd'hui, Fatima M. comparaît en correctionnelle pour avoir séquestré Jamila pendant cinq ans dans des conditions d'hébergement indignes, en lui faisant subir des violences et en la forçant à exercer un travail non rétribué. Elle a également été violée par le fils de la famille. Ce dernier, sous le coup d'un mandat d'arrêt international, est en fuite depuis deux ans. Légalement, le terme n'existe pas encore mais, pour les avocats, il s'agit « d'esclavage moderne ».

Depuis son arrivée en France, elle accomplit les tâches domestiques. Jamila ne va pas à l'école — à 20 ans, elle est analphabète — et ne quitte l'appartement que pour sortir les poubelles. Jusqu'à sa fuite en novembre 2002. Depuis, elle vit en foyer, a la nationalité française, prend des cours et bénéficie d'un suivi psychologique. « On l'a rendue invisible, déclare Pierre Landete, son avocat. Elle aurait pu mourir sans que personne ne s'en rende compte. » Ces deux dernières années, Jamila a déposé quatre plaintes pour agressions ou menaces de mort.

En Aquitaine, quatre affaires de ce type sont passées devant les tribunaux. Depuis 1998, l'antenne bordelaise du comité contre l'esclavage moderne (CCEM), qui se constitue aujourd'hui partie civile, a eu connaissance de vingt cas. « On attend une loi réprimant l'esclavage moderne. A ce jour, il n'y a jamais eu de peine ferme », regrette Dominique Delthil, représentant du CCEM. Sur ce point, Pierre Landete ne transigera pas : « Je veux une peine exemplaire et 100 000 euros de dommages et intérêts. » La prévenue risque dix ans de prison.

Orianne Dupont

*Le prénom a été modifié

Une proposition de loi pour lutter contre l'esclavage et la servitude est à l'étude. Les accusés seraient alors passibles de quinze ans de réclusion criminelle.