Il manque encore quatre albâtres

Marion Guillot

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Les quatre bas-reliefs manquants ont été remplacés par des plaques d'albâtre gravées.
Les quatre bas-reliefs manquants ont été remplacés par des plaques d'albâtre gravées. — S. ORTOLA / 20 MINUTES

La basilique Saint-Michel n'a pas désempli ce week-end. « Samedi, on a compté 3 000 personnes, ça n'arrêtait pas ! » s'étonnent les bénévoles de l'association Recherches archéologiques girondines, qui assure les visites.

Un vol passé inaperçu
Un succès à mettre sur le compte des Journées du patrimoine et du retour des fameux albâtres (bas-reliefs sculptés dans une pierre qui ressemble à de l'ivoire), dérobés dans les années 1980. Ciselés au XVe siècle dans les ateliers de Nottingham, ils ont une histoire assez rocambolesque : « Leur vol est passé inaperçu pendant dix ans », rappelle Jean-Gabriel, de la société archéologique de Bordeaux. Les cambrioleurs, qui n'ont jamais été identifiés, avaient remplacé huit des neuf albâtres originaux par des copies en plâtre. « Ils ont dû réaliser les moulages sur place, en se faisant enfermer dans la basilique la nuit », poursuit-il. A l'époque, la chapelle Saint-Joseph qui abritait le retable était tellement noire que personne ne s'en est aperçu. « Et les faussaires devaient être, comme c'est souvent le cas, de grands artistes! » s'amuse Colette Lestage, membres des Recherches archéologiques girondines. Il faudra attendre 1993 pour que la vérité soit faite, grâce à une conservatrice du Musée du Louvre : les héritiers d'un antiquaire parisien, qui vient de décéder, lui présentent cette année-là un original, pour expertise. Elle identifie rapidement la provenance de l'œuvre et contacte le musée d'Aquitaine. L'antiquaire en possédait trois et ses héritiers acceptent de les restituer gracieusement. L'enquête permettra d'en récupérer un quatrième auprès d'un collectionneur de Monaco. Mais le « happy end » sera de courte durée : les quatre derniers, propriété d'un collectionneur américain, manquent toujours à l'appel. « Il refuse catégoriquement de s'en séparer. L'Américain ne veut même pas qu'on en fasse des copies. Il faut attendre son décès », grommellent les bénévoles de Saint-Michel.