Le squat de Queyries rayé de la carte

Marion Guillot

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Le camp était composé d'une vingtaine de cabanes, véritable bidonville miniature à deux pas des ateliers du tramway. Certaines familles y vivaient depuis cinq ans, dans des conditions sanitaires ultra-précaires.
Le camp était composé d'une vingtaine de cabanes, véritable bidonville miniature à deux pas des ateliers du tramway. Certaines familles y vivaient depuis cinq ans, dans des conditions sanitaires ultra-précaires. — S.ORTOLA / 20 MINUTESS.ORTOLA / 20 MINUTESS.ORTOLA / 20 MINUTES

Un véritable bidonville miniature, à deux pas des ateliers du tramway. Le squat des quais des Queyries, à Bordeaux-Bastide, a été évacué et détruit hier matin, sous le contrôle d'une compagnie de CRS et du préfet délégué à la sécurité. Une quarantaine de Roms, ressortissants bulgares, « dont un tiers de moins de 15 ans », selon Médecins du Monde, ont dû rassembler leurs affaires à la hâte dès 6 h 30 du matin et les charger dans des camions, mis à disposition par la CUB. L'opération s'est déroulée dans le calme.

D'un squat à l'autre...
« L'évacuation de Queyries a été décidée d'abord pour des raisons de sécurité », souligne la CUB, propriétaire du terrain, intégré au projet urbain « Bastide 2 ». Les familles rom utilisaient des plaques d'éverite amiantées en guise de toit pour leurs cabanes, arrachées aux vieux hangars alentours. Certains vivaient dans ces conditions depuis cinq ans, sachant que les pelleteuses finiraient bien par arriver. Pour Jacqueline, Jordan et leurs deux enfants, arrivés en 2007, l'aventure bordelaise s'arrêtera là. Aujourd'hui, ils prendront l'avion pour rentrer en Bulgarie, visiblement à contrecœur. « Il y a beaucoup de misère là-bas », s'inquiète Jacqueline. « Ici, on était bien installés », ajoute son fils de 15 ans dans un français presque courant. Il était scolarisé à Bordeaux depuis son arrivée. Médecins du monde, qui assurait le suivi médical des occupants du squat depuis deux ans, regrette que la loi ne facilite pas plus leur intégration : « les adultes n'ont pas le droit de travailler et les collectivités ne ramassent pas leurs poubelles car ils ne payent pas d'impôts locaux. Cela entretient le cliché des Roms voleurs, fainéants qui vivent dans des décharges », déplore Paul Lanusse-Cazalet, généraliste et responsable de la mission Roms de l'association. Si la plupart des Roms souhaitent rester, la préfecture a néanmoins obtenu « 13 départs volontaires et 11 départs contraints, pour des délits de vols ou de travail illégal », précise le préfet à la sécurité Marc Burg. Mais pour la vingtaine de personnes qui refuse de partir, pas de solution miracle : après la nuit d'hôtel payée par l'Etat, la plupart rejoindront le squat de Thiers-Benauge, le plus important de Bordeaux, où vivent près de 300 Roms, à quelques centaines de mètres de Queyries. Son évacuation serait imminente, selon les associations.