CPE : trois mois de mobilisation à Bordeaux

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Transports urbains, ferroviaires, aériens ont été perturbés dans l'ensemble de l'Hexagone, mais la situation a été moins noire que lors de la dernière journée de grève interprofessionnelle du 4 octobre 2005 (sur les salaires et la précarité).
Transports urbains, ferroviaires, aériens ont été perturbés dans l'ensemble de l'Hexagone, mais la situation a été moins noire que lors de la dernière journée de grève interprofessionnelle du 4 octobre 2005 (sur les salaires et la précarité). — Jean-Pierre Müller AFP

 Janvier

24 : l’opposition au CPE s’organise. Des tracts sont distribués par des associations de jeunes et des syndicats étudiants, une réunion générale prévue le lendemain pour planifier des actions. L’Unef (étudiants), l’Unl (lycéens), les jeunes socialistes et communistes s’opposent notamment au projet, avec le soutien de plusieurs organisations syndicales.

Février

2 : près de 5 000 personnes, de source policière et syndicale, descendent dans les rues de la ville pour défendre les salaires et le pouvoir d'achat des actifs comme des retraités. Des lycéens et des étudiants les rejoignent et réclament « le retrait du CPE ». Quelques étudiants de Staps font entendre leur voix pour demander à nouveau l'augmentation des postes ouverts au concours 2006 de professeur d'éducation physique.

6 : 200 jeunes débattent dans un amphi de Bordeaux-III et préparent la manifestation du lendemain.

7 : lycéens et étudiants girondins entraînent avec eux de nombreux salariés, chômeurs et syndicalistes, le midi, dans les rues de Bordeaux, pour protester contre le CPE : ils sont entre 8000 et 12000 personnes. Au même moment, le Premier ministre, Dominique de Villepin, soumet le texte aux députés. Partis de la place de la République, les manifestants rejoignent le Grand Théâtre, en passant par Mériadeck, et se dispersent sans incident. Le trafic des trams est interrompu sur la ligne A.

16 : une centaine de manifestants, pour la plupart étudiants, pique-niquent place de la Victoire pour protester contre la mise en place du CPE. Réunis à l'appel du comité contre le CPE, ils défilent ensuite jusqu'à la mairie de Bordeaux.

23 : au lendemain des vacances, l'opposition au CPE se réactive. Une nouvelle manifestation d'environ 800 personnes, selon la police, part de la place de la Victoire, où sont présents l'Union nationale des lycéens, l'Unef, le Mouvement des jeunes socialistes et Sud Etudiant. Mais aussi des jeunes non syndiqués. Une assemblée générale, qui réunit près de 300 personnes à Bordeaux-III, décide de reconduire le comité et de privilégier le blocage des universités. A l'image de l'IUT Carrières sociales, occupé nuit et jour depuis le 20 février, par les étudiants. Les cours sont maintenus, malgré des piquets de grève.

28 : une nouvelle nuit dans l'amphi 700 de Bordeaux-III. Les étudiants qui ont bloqué la salle dans la nuit de lundi à mardi pour dénoncer le CPE reconduisent l'occupation. L’action n'est pas soutenue par la totalité du collectif de lutte contre le CPE. Certaines organisations se concentrent sur la préparation de la grande manifestation du jeudi 7 mars. Les jeunes populaires (UMP) continuent, eux, de soutenir le CPE. Ils estiment que « le gouvernement a pris une mesure concrète à destination des jeunes » qui comptent 23 % de chômeurs aujourd'hui (18-26 ans).

Mars

7 : pour cette journée de manifestation, Bordeaux III banalise les cours, l'IUT Michel-de-Montaigne (Bordeaux II) diffuse un message invitant les étudiants à défiler et les enseignants de Bordeaux II autorisent les syndicats à intervenir durant les cours.

9 : la mobilisation contre le CPE est encore timide et manque de cohérence. Jusqu'à présent, seule la fac de Bordeaux-III a été active. Des étudiants manifestent et bloquent tram et bus pendant une demi-heure. Mais les « têtes pensantes », à savoir le syndicat étudiant Unef, s’opposé à ce mouvement qui réunit 200 personnes. Le syndicat préfère mobiliser les étudiants. A Bordeaux-I, ils ont organisé hier un vote pour une grève. Une fois encore, Bordeaux-III a pris de l'avance : le comité de mobilisation a décidé de bloquer la fac dès lundi.

14 : le comité de mobilisation contre le CPE de Bordeaux-III invite les étudiants à faire front. Maintenant que le blocage de Bordeaux-III a été voté (par 800 étudiants environ), il s'agit de convaincre Bordeaux-IV. Des étudiants de Bordeaux-III se rendent ainsi au-devant de leurs voisins juristes et économistes. Les anti-CPE de Bordeaux-I et de Bordeaux-II organisent quant à eux deux assemblées générales chacun, pour décider ou non de bloquer leur université.
Environ 300 personnes assistent à l'assemblée générale du comité de mobilisation de Bordeaux-I (sciences). Le bâtiment de 1er cycle est occupé dès le lendemain matin. A Bordeaux-II (sciences de la vie, de l'homme, de la santé), près de 400 personnes se joignent à l'AG. Une soixantaine d'étudiants prévoit de bloquer le site de la Victoire le soir. Quant à Bordeaux-IV (droit, sciences sociales et politique, sciences économiques et de gestion), qui n'a toujours pas rejoint le mouvement, une assemblée générale est prévue le lendemain à 12 h 30.


15 : les anti-CPE s'attaquent à l'UMP. Près d'une centaine de jeunes occupent pacifiquement les locaux de l'UMP afin de demander le retrait du CPE. Ils y restent près de deux heures, avec des permanents du parti, avant de partir, informés par la police du risque d’interpellation pour occupation illégale de locaux qu’ils encourent. Ils sortent alors s'asseoir sur le trottoir avant de bloquer la circulation sur les quais avant d’être délogés. Les étudiants restés dans les facs ne chôment pas puisque le blocage persiste à Bordeaux-I, II et III. A Bordeaux-IV, les étudiants votent la grève et se préparent à la manifestation du lendemaini, à 11 h 30, au départ de la place de la Victoire. Face à cette mobilisation, le recteur évoque un éventuel décalage des examens

16 : entre 68000 et 25000 manifestants défilent contre le CPE. Une mobilisation en recul, comparée à celle du 7 mars, qui s’achève dans le calme place de la Victoire. Le cortège a pris soin d'éviter tout débordement, afin de ne pas décrédibiliser le mouvement anti-CPE.

18 : énorme cortège pour la manifestation anti-CPE. Entre 20 000 et 55 000 personnes défilent dans les rues, constituant le quatrième plus gros rassemblement national. Malgré cette foule, seuls quelques légers dérapages sont constatés. Deux personnes sont conduites au commissariat, avant d’être remises en liberté dans la soirée. Un jeune de 14 ans est également été interpellé pour avoir lancé deux bouteilles en plastique sur les CRS. Côté campus, les antiblocages l’ont emporté à Bordeaux-I, contrairement à Bordeaux-II et Bordeaux-III.

20 : le climat devient tendu sur le campus. Quatre individus armés de bombes lacrymogènes et de battes de base-ball agressent des étudiants du comité de mobilisation contre le CPE de Bordeaux-I. L'université n'est plus bloquée depuis vendredi 17 mars, mais la grève y est reconduite. Deux universités sur quatre restent bloquées : Bordeaux-III jusqu'au mercredi 22 et Bordeaux-II jusqu'au lundi 27.

21 : la mobilisation contre le CPE dans les universités de Bordeaux rebondit chaque jour. Levé vendredi, le blocage de Bordeaux-I (sciences) a finalement été reconduit hier midi, et ce jusqu'à lundi. « La forte mobilisation lors de la manifestation de samedi contre le CPE et l'obstination du gouvernement à ne pas le retirer a joué en notre faveur », a expliqué hier Marin Aury, de l'Unef. Le blocage se heurte cependant au président de l'université, Alain Boudou. Hier, celui-ci a évoqué la possibilité d'une « suspension générale des enseignements », le blocage pouvant conduire selon lui « à des incidents très difficilement contrôlables ».
A Bordeaux-IV (économie, droit), l'assemblée générale des étudiants de l'Institut d'études politiques (IEP) n'a en revanche rien donné. Ils voteront donc ce matin, avec urne et isoloirs, pour ou contre le blocage. Une centaine de lycéens bordelais opposés au CPE ont également manifesté hier matin dans le centre-ville.

22 : Les étudiants de Sciences-Po Bordeaux ont voté contre le blocus de l'Institut d'études politiques (IEP), dans le cadre du mouvement anti-CPE. Les 770 votants ont aussi rejeté la grève et l'occupation permanente de deux amphis. «Nous sommes déçus», a reconnu hier Alexandre Meyzinger, étudiant et membre du Mouvement des jeunes socialistes (MJS). Plébiscitant le scrutin à bulletins secrets, les élèves ont voté en masse. «Le vote à mains levées aurait créé un climat malsain», a souligné Anaïs, en première année.
Le blocus a en revanche été reconduit à Bordeaux-III, alors que les cours ont été suspendus par le président de Bordeaux-I, afin de « prévenir des désordres dans les locaux ». Lundi, des militants anti-CPE y avaient été agressés.

23 : Les lycéens sont venus prêter main-forte aux étudiants et salariés qui ont défilé contre le CPE à Bordeaux. Quelque 7 000 personnes selon la police, et 15 000 selon les organisateurs, ont clamé le retrait du CPE, synonyme de «Chômage, Précarité et Ejectable» ou de «Camouflage Pour Esclavage». Au total, une dizaine de lycées girondins ont vu, à des degrés divers, « leur fonctionnement perturbé », selon le rectorat. Pour la troisième journée consécutive, le lycée Max-Linder de Libourne était bloqué et occupé.
Cette nouvelle journée de mobilisation, vécue comme un galop d'essai avant la grande manifestation du 28, a également été marquée par le retard, en gare de Bordeaux, de trois TGV, que des jeunes voulaient prendre d'assaut pour monter à Paris

27 : Le « collectif antiblocage » de Bordeaux-I a rencontré un maigre succès, lors de sa première mobilisation. Seule une vingtaine d'étudiants ont participé au rassemblement, destiné à « faire valoir le droit de tous à étudier ». « Pour nous, le blocage est une atteinte à nos libertés d'expression et d'action », a souligné David, membre du collectif. Avec les autres membres du collectif, qui se veut indépendant de tout mouvement politique ou syndical, il entend désormais veiller au bon « déroulement du vote » prévu demain, qui décidera du renouvellement ou non du blocage de Bordeaux-I. Deux jeunes ont par ailleurs été interpellés pour « outrage et rébellion contre agent de l'Etat » à la mi-journée, en marge d'une manifestation lycéenne. Comme vendredi, une centaine de lycéens de la rive droite ont tenté de traverser le pont de Pierre pour rejoindre les lycées du centre-ville.

28 : Du jamais vu depuis la Libération en 1944. Près de 100 000 personnes selon les organisateurs, 45 000 selon la police, ont battu hier le pavé bordelais pour demander le retrait du CPE. Les précédentes grandes mobilisations populaires n'avaient jamais rassemblé autant de monde dans la capitale girondine. En 1984, la manifestation de soutien à l'enseignement libre avait réuni plus de 80 000 personnes. Les grands mouvements de décembre 1995 contre le plan Juppé avaient, elles, réuni 70 000 personnes au plus fort de la contestation. Pendant près de trois heures, salariés, fonctionnaires, lycéens et étudiants ont défilé côte à côte. Dans le cortège, les banderoles des syndicats se mêlaient à des pancartes plus artisanales, au slogan de «Villepin, tu vaux rien, ton régime touche à sa fin» ou «CPE = Cupidité Précarité Exploitation».

29 : une majorité d'étudiants de Bordeaux-I (55%) se prononce, à bulletins secrets, pour le maintien du blocage. Un résultat accueilli avec amertume par le collectif anti-blocage. « On ne peut pas les contester, mais ils nous attristent », commente David, membre du collectif. A Bordeaux-II (psychologie, sociologie), toujours bloquée, les étudiants décident d'organiser le 30 une assemblée générale ouverte à tous « afin d'élargir le débat ». A Bordeaux-IV, le blocage symbolique de l'amphi Auby est reconduit, alors qu'à Bordeaux-III, le blocage est une nouvelle fois adopté.

30 : Le recteur de l'académie de Bordeaux, William Marois, adresse un avertissement aux lycéens qui continuent de bloquer cinq établissements en Aquitaine. Il entend mettre en œuvre un dispositif à la fois « dissuasif, préventif, et répressif » pour obtenir ces «déblocages ». Les six lycées de la rive droite, fermés depuis le 29, devraient rouvrir le 31. Côté lycéens, le mouvement montre des signes d'essoufflement. Les étudiants restent en revanche déterminés à poursuivre leur mouvement. « On prend acte de la décision du Conseil constitutionnel mais on attend désormais la réaction de Jacques Chirac sur la promulgation de la loi. En attendant le combat continue avec pour seul mot d'ordre le retrait du CPE », affirme Jules Boyadjian, membre du « Comité non au CPE ».

Avril

2 : Les anti-CPE poursuivent le mouvement et les anti-blocages durcissent le ton. Les étudiants n'ont pas manqué de se mobiliser tout le week-end : défilé de nuit vendredi soir après l'allocution de Jacques Chirac confirmant la mise en place du CPE, occupation pacifique — et déguisée — de la Chambre régionale de commerce le samedi et rencontre avec les visiteurs du festival l'Escale du livre, invités à s'exprimer sur le CPE. Du côté des universités, les blocages ont été reconduits.
Les opposants, eux, commencent à se lasser. Malgré le maigre succès de leur manifestation de lundi dernier, les anti-blocages organisent un sit-in le 3 devant le bâtiment de l'administration de la fac Bordeaux-i. Ils seront couverts de faux sang pour illustrer « le sacrifice » des étudiants qui veulent suivre les cours. Les collectifs anti-blocage de Bordeaux-I et III envisagent même un recours en justice. Comme à Grenoble, où le tribunal administratif a exigé la levée du blocage sous peine d'une astreinte de 50 euros par jour.

4 : Deux mois après la première manifestation, la motivation des étudiants résiste et s'intensifie. Etudiants et salariés sont 120 000 selon les organisateurs et 45 000 selon la police à défiler dans les rues et sur les quais de Bordeaux. Cette fois-ci, même les plus réfractaires se sont jetés à l'eau : la fac de droit (Bordeaux-IV) a voté le blocage. Une grande première ! Les manifestants espèrent que cette mobilisation record fera réagir le gouvernement. Ils décideront alors de la suite des événements. Jusque-là, les AG et les votes pour le blocage se poursuivent : les étudiants en sciences humaines à la Victoire (Bordeaux-II) sont privés de cours jusqu'à lundi prochain, un vote est prévu le 5 avril à Bordeaux-I et Bordeaux-III pour reconduire le blocage total. Pour l'heure, l'inquiétude et l'exaspération à l'approche des examens ne se font pas encore sentir et les anti-blocage restent discrets.

5 : Plusieurs étudiants interpellés et une quinzaine de trains retardés. C'est le bilan de l'opération blocage des voies menée en gare Saint-Jean par les étudiants anti-CPE. Une centaine de jeunes s’installent sur les voies vers 16 h 30, avant d'être délogés une heure plus tard par les forces de l'ordre. Une évacuation « musclée » mais sans incident majeur, qui débouche toutefois sur onze interpellations. La manifestation se poursuit devant l'hôtel de police pour réclamer la libération des jeunes arrêtés. Dans les facs, les cours reprennent à Bordeaux-I. Bordeaux-II et III restent bloquées et Bordeaux-IV fonctionne avec un amphithéâtre occupé

6 : Après deux mois de mobilisation anti-CPE et de cours perturbés, la question d'un éventuel report des examens se pose dans les universités bordelaises. Bordeaux-I étudiera la semaine prochaine la possibilité d'un report en juin. A Bordeaux-III, où les examens sont censés débuter dans deux semaines, le sujet est évoqué. « Les débats ont été longs et houleux, car on a proposé aux étudiants un report d'une semaine à condition qu'ils lèvent le blocage, raconte Arnaud, membre du comité de mobilisation. On ne peut pas accepter un tel chantage au déblocage.» Le conseil d'administration doit décider de valider ou non cette proposition.

9 : « Plus de tendresse, moins de CRS », chantent à nouveau les anti-CPE. Pourtant, c'est bien face aux forces de l'ordre qu'ils se retrouvent. D'abord au siège du Medef, occupé pendant plus d'une heure par plusieurs dizaines d'étudiants. Ils en sont délogés fermement mais sans interpellation. Pendant ce temps, une centaine de lycéens venus de Montaigne, Magendie ou Mauriac bloquent la circulation des tramways et voitures pendant deux heures sur le Pont de Pierre.
« C'est vrai que ça commence à faire long, mais on tient bon, malgré les vacances », affirme Marie, lycéenne, repoussant l'idée d'un essoufflement du mouvement. Pour les universités, les vacances débutent seulement la semaine prochaine, sauf à Bordeaux-III en congé depuis vendredi. « On essaie d'attirer les étudiants à la fac et on incite ceux qui doivent partir à se mobiliser chez eux », explique Maï, du comité de mobilisation de Bordeaux-III. A Bordeaux-II, les leaders du mouvement semblent plus inquiets : « A une semaine des vacances, c'est la grosse question. Mais on pense que les étudiants ne vont pas s'arrêter là », souligne Gwendal. Verdict le 11 avril lors de la nouvelle manifestation.

10 : Malgré les vacances et l'annonce du remplacement du CPE par le Premier ministre la veille, la manifestation des anti-CPE est maintenue à 11 h 30, place de la République. «Nous voulons le retrait», répète Maï, du comité de mobilisation de Bordeaux-III, bloquée jusqu'au 11. A Bordeaux-II, le blocage est reconduit. « Le gouvernement a mis de l'huile sur le feu », note Benoît. A Bordeaux-I, Arnaud parle de «première victoire». Le président de l'université est bloqué dans son bureau par des étudiants, dans l’après-midi, pour les avoir menacés d'annuler les examens.

11 : Les anti-CPE désertent la rue. Au lendemain de l'annonce du retrait du CPE, seulement un millier de personnes manifestent à Bordeaux, contre 45000 mardi dernier. Mais Stéphane, de l'Union des étudiants communistes n'est pas inquiet : « les modes d'action ont changé, mais nous continuons à dénoncer le contrat nouvelle embauche et la loi sur l'égalité des chances ». Le flottement serait dû à la victoire contre le CPE et aux examens. Bordeaux-II vote d'ailleurs à nouveau en faveur du blocage, mais les étudiants sont prévenus par le président de l'université: ils devront reprendre les cours le 24 avril s'ils ne veulent pas remettre en cause leur année. Fabrice, un étudiant, regrette que la mobilisation ne se poursuive pas massivement. Jacky, un aîné de la CGT le rassure : «maintenant, on sait que les gens savent se mobiliser».

12 : La mobilisation se poursuit dans les universités bordelaises. Les étudiants se réunissent en assemblée générale et votent de nouvelles actions. A Bordeaux-III, le blocage est reconduit jusqu'à la prochaine AG, le 21 avril. Pourtant, le président avait demandé aux étudiants et au personnel, par mail, de venir en masse pour voter contre le blocage. Une seconde victoire pour le mouvement. En revanche, si les étudiants obtiennent l'annulation des contrôles continus auxquels ils n'ont pu assister pour cause de grève, ils ne peuvent pas faire décaler les examens finaux. A Bordeaux-I, le blocage n'est pas voté, mais la fac sera occupée symboliquement pendant les vacances. Et dès la rentrée, le lundi 24 avril, des cours intensifs de rattrapage seront organisés. Enfin à Bordeaux-IV, la fin de l'occupation d'un amphithéâtre est votée contre l'octroi d'un local de réunion.

18 : Les étudiants de France contre le Contrat nouvelle embauche (CNE) se retrouveront à Bordeaux-III dès le 22 avril pour la coordination nationale étudiante. Ils y évoqueront les perspectives du mouvement, les actions à mettre en place et les revendications. « Nous ne savons pas combien nous serons, mais c'est un bon moyen pour évaluer la mobilisation. Lors de la dernière coordination en mars à Nancy, trente-sept facs étaient présentes », indique Quentin de Bordeaux-III. Même si les étudiants insistent sur le fait que la mobilisation se maintient, elle est de moins en moins visible. Exemple place de la République, où la manifestation se transforme en distribution de tracts faute de manifestants. Par ailleurs, certains passent déjà à autre chose : «Les blocages ne se justifient plus, on n'obtiendra rien de plus du gouvernement», estime Etienne Valois, animateur fédéral du mouvement des jeunes socialistes.