Le pot de terre contre le pot de fer

Éric bordage

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Philippe Coupérie Eiffel s'est battu pour la mémoire de son aïeul.
Philippe Coupérie Eiffel s'est battu pour la mémoire de son aïeul. — S. ORTOLA/20minutes

Le 19 juin prochain, le Bordelais Philippe Coupérie Eiffel sera bien présent à Vinexpo, le salon des professionnels du vin, avec des bouteilles au nom de son illustre aïeul. Nul ne sait si des représentants d'Eiffage viendront déguster… Au terme d'une bataille judiciaire engagée par le constructeur qui vaudrait sans doute un excellent scénario pour une saga télévisée, la Compagnie Française Eiffel Construction Métallique, filiale d'Eiffage, a perdu son droit au patronyme, par un arrêt de la cour d'appel de Bordeaux rendu le 16 mai dernier. Au château Bacon, à Saint-Vincent de Paul où mène une route jalonnée d'ouvrages de son arrière-arrière-grand-père, Philippe Coupérie Eiffel évoque cet anniversaire de la tour (Eiffel), à Paris, en 1989 : « Je m'occupais d'une des sociétés de traiteur. En discutant avec des journalistes, ils ont découvert que j'étais un descendant direct et je me suis retrouvé à saluer Ronald Reagan », explique-t-il avec un large sourire. De là naîtra le combat pour la mémoire d'un bâtisseur hors norme : « J'ai été élevé par Valentine Eiffel dans les différentes propriétés de la famille ». C'est dans l'une d'elles, en Suisse, ouvrant un carton scellé par Gustave Eiffel lui-même, que le descendant en ligne directe va découvrir une lettre… ». Gustave Eiffel y écrit : « J'entends rester étranger à la gestion des établissements qui portent mon nom. Je tiens à ce qu'il disparaisse de la désignation de la société ». Maître Caroline Lampre, avocate de Philippe Coupérie Eiffel, situe ce texte dans la chronologie : « Eiffel avait créé en 1866 la compagnie des établissements qui portaient son nom. Le 1er mars 1893, il exprime la volonté de reprendre l'usage de son patronyme et paye la somme de 700 000 francs or pour cela (4 millions d'euros environ) ». L'avocate poursuit : « En 1937, la Compagnie des établissements Eiffel devient la société des constructions de Levallois puis s'autobaptise Anciens Etablissements Eiffel et crée plusieurs entreprises. En 2005, Eiffage dépose le nom d'Eiffel qui est utilisé notamment pour du recyclage de déchets et attaque le descendant devenu gênant ! ». Ce dernier aspect aura, selon Me Lampre, «pesé lors de l'audience». A la direction de la communication du groupe Eiffage, on indiquait hier soir avoir pris bonne note de la décision de justice.