Michel Ducasse, pêcheur amateur à Parempuyre, espère que la pêche à l'alose rouvrira en 2013.
Michel Ducasse, pêcheur amateur à Parempuyre, espère que la pêche à l'alose rouvrira en 2013. — J.-P. Vincent / 20 MINUTES

Bordeaux

Mauvais temps pour la grande alose

Environnement En raison de la chaleur, l'espèce devrait avoir du mal à se reproduire cette année

La sécheresse ne menace pas que les récoltes. Les pêcheurs, eux aussi, tirent la sonnette d'alarme. Malgré le moratoire de cinq ans interdisant la pêche à la grande alose jusqu'à fin 2012, les stocks auront du mal à se reconstituer cette année. En cause : le réchauffement des eaux. « Si les conditions climatiques actuelles perdurent, la centrale de Golfech aura sans doute des autorisations spéciales pour effectuer des lâchers d'eau chaude dans la Garonne », craint Philippe Delmas, président des pêcheurs professionnels fluviaux de la Gironde. Or, une température trop haute peut nuire à la survie des œufs et des alevins. L'espèce n'avait pas besoin de ça : « en 2009, on a recensé moins de 30 000 individus dans le bassin de la Gironde, contre 300 000 à 700 000 en 1996 », précise Stéphanie Collin, ingénieure à l'Institut de recherche pour l'ingénierie de l'agriculture et de l'environnement (Cemagref).
Une raréfaction, liée à de multiples facteurs, que les scientifiques tentent d'expliquer. En attendant, les professionnels de la pêche sont aux abois. Privés aussi d'anguilles, à cause de concentrations trop importantes en PCB, ils traversent une passe très difficile : « dans les années 2000, nous étions 120. Aujourd'hui, nous ne sommes plus que 58 », constate Philippe Delmas. « A cause de ces interdictions, plusieurs entreprises déposent le bilan chaque année, car les allégements de charges sociales que l'Etat nous avaient accordés n'ont jamais été appliqués ». Les pêcheurs professionnels dénoncent également l'inertie des pouvoirs publics : « en parallèle du moratoire sur la pêche, l'Etat s'était engagé à prendre des mesures environnementales pour faciliter la survie de l'espèce », rappelle leur président. L'aménagement des barrages devait notamment permettre aux poissons de remonter les fleuves jusqu'aux zones de reproduction. « Mais il a fallu trois ans pour que les premières mesures se concrétisent ».
Les pêcheurs amateurs, eux aussi, rongent leur frein. Michel Ducasse, à Parempuyre, taquinait l'alose depuis 1949. « Il y en a toujours eu et il y en aura toujours », martèle-t-il, comme pour se convaincre. Il espère bien ressortir ses filets en 2013.