Les oubliés sur le devant de la scène

orianne dupont

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Vingt-deux anciens combattants marocains de Bordeaux partagent leur mémoire.
Vingt-deux anciens combattants marocains de Bordeaux partagent leur mémoire. — s.pouzet / 20 minutes

«On ne peut plus subvenir à nos besoins », « Je suis venu, j'attends, je me tais, j'attends... » Ce sont les témoignages d'anciens combattants marocains, résidant à Bordeaux, recueillis dans le cadre d'un programme de collecte d'archives orales de la mémoire de l'immigration en Aquitaine. Ils seront versés aujourd'hui aux archives départementales et ainsi inscrits au patrimoine immatériel de l'Humanité. Jusqu'au 11 mars, le public peut les écouter au Conseil régional et découvrir les portraits des 22 hommes qui se livrent au sein de l'exposition Mémoire d'un engagement : la longue route des combattants marocains. Hassan Seffour présent lundi pour l'ouverture est l'un d'entre eux. Il le sentiment d'être « reconnu ». Enfin.

« Je suis venu pour toucher mes droits »
Il est arrivé à Bordeaux à 77 ans « pour toucher mes droits, car j'ai écrit du Maroc pendant deux ans, mais je n'ai jamais eu de réponse ». Il a pu percevoir le minimum vieillesse et se dit « content d'être là », même si sa femme lui manque, « nous sommes mariés depuis 54 ans ». Si 300 anciens combattants sont à Bordeaux, c'est uniquement pour compléter leur pension militaire, dix fois inférieure à celle des Français (lire encadré). Pour Naïma Charaï, élue régionale, l'exposition met en avant « ces oubliés de la République », mais montre aussi « que les enfants d'immigrés sont partie prenante de l'histoire de France ».

revalorisation

La loi de finances 2011 prévoit une revalorisation des pensions de retraite militaires des combattants étrangers. Mais une démarche auprès du tribunal administratif serait tout de même nécessaire pour atteindre celle des Français. « On ne sait pas encore ce que ça va donner, reconnaît Naïma Charaï, il faut être vigilant ».