De buenos aires à Bordeaux

Éric bordage

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S.Pouzet / 20minutes

L'histoire débute en Argentine. « J'avais 20 ans. Avec une amie, nous nous sommes lancés sans aucune formation dans la fabrication de sacs de cuir. Parallèlement, je suivais les cours de l'Ecole Panaméricaine d'Art de Buenos Aires. » Matias Mercapide, le plus bordelais des créateurs de mode, a ses racines en Amérique Latine. Aujourd'hui, dans ses ateliers du cours de Verdun, il crée ses collections et emploie dix salariés. Son chiffre d'affaires, qui dépasse le million d'euros, se partage entre la France et neuf des plus grandes boutiques de Tokyo. Un parcours en forme de saga, qu'il ne se lasse pas de raconter : « Quand j'ai eu mon diplôme en poche, j'ai décidé de quitter l'Argentine pour le Pérou, où je me suis mis à travailler dans les boutiques sur les cuirs. » C'est là qu'il est remarqué par le représentant local d'Yves Saint-Laurent : « Pouvez-vous nous faire nos ceintures? ». A tout juste 24 ans, Matias Mercapide ouvre à Lima sa propre boutique et embauche neuf collaborateurs : deux ans plus tard, la société est devenue la première du pays dans le secteur du cuir haut de gamme avec 70 salariés. C'est alors que les Chinois montrent le bout de leur nez: « La communauté asiatique compte un million de ressortissants au Pérou. Le coût de notre cuir non travaillé était égal à celui de leur produit fini. Impossible de résister... »

Des ancêtres au Pays Basque
En 1992, à 30 ans, Matias Mercapide part pour Bordeaux : « Mon père travaillait dans le négoce de vin. Je contacte alors, sans les connaître, les Mercapide, installés au Pays Basque. Je découvre que leurs ancêtres ont émigré vers l'Amérique latine via le port de Bordeaux, un siècle plus tôt! » La première tentative bordelaise avorte : « Les impôts me sont tombés dessus et je ne connaissais pas les lois françaises. » Une centaine de CV plus tard, « l'Art de Vivre » lui répond. Ce qui le mènera au poste de directeur des productions chez Hermès : « je gérais une centaine de produits de la marque. J'ai appris à intégrer la qualité dans la façon de réfléchir. Le client achetait les yeux fermés. Le contrôle se faisait à la loupe ! » En 2004, retour en région ­bordelaise : « J'avais le choix entre attendre la retraite avec un salaire confortable ou lancer ma propre marque. » Une première boutique ouvre avec l'idée de « faire des pièces uniques ». Six ans plus tard, installé dans 200 mètres carrés, la réputation du créateur n'est plus à faire.