Les danseurs commencent leur journée par une heure et demie de « classe » (échauffements à la barre et exercices) sur la scène du Grand Théâtre, en tenues de sport. Après une courte pause de 30 minutes et un déjeuner sur le pouce, la répétition du spectacle commence, sous l'œil attentif du choréraphe Charles Judes.
Les danseurs commencent leur journée par une heure et demie de « classe » (échauffements à la barre et exercices) sur la scène du Grand Théâtre, en tenues de sport. Après une courte pause de 30 minutes et un déjeuner sur le pouce, la répétition du spectacle commence, sous l'œil attentif du choréraphe Charles Judes. — S. POUZET / 20 MINUTES

Bordeaux

Dans les pas de Roman et de laure

Danse A la veille de la première de Roméo et Juliette, « 20 Minutes » a suivi deux danseurs en répétition

« Je me lève à 7 h, puis j'emmène ma fille à l'école. Ensuite, je dépose son petit frère à la crèche. » La journée de Roméo, alias Roman Mikhalev, commence comme celle de « Monsieur Tout-le-monde ». Ce danseur de 34 ans, né en Russie et seul soliste masculin du ballet de l'Opéra national de Bordeaux (grade qui précède celui d'Étoile), se produira à partir de demain soir, sur la scène du Grand Théâtre et jusqu'au 31 décembre. Depuis un mois et demi, il répète sans relâche avec une cinquantaine d'autres danseurs, sous l'œil attentif du chorégraphe Charles Jude.

Emmitouflés comme des alpinistes
Le ballet se met au travail à 11 heures. « On commence toujours par une heure et demie d'échauffements et d'exercices. C'est ce qui te garde en forme », explique Roman. Ce cours, qu'on appelle « la classe », est une étape incontournable. « Cela permet de préparer le corps et d'éviter les blessures », précise Laure Lavisse, danseuse du corps de ballet, qui interprète la Nourrice de Juliette. « C'est aussi le moment où l'on se concentre sur les petites douleurs. On a toujours une hanche qui coince ou une cheville qui fait mal. »

Cigarettes et postiches
Âgée de 29 ans, Laure s'autorise quelques entorses au code de conduite des ballerines : elle fume et porte les cheveux courts. « Avec les postiches, on peut se faire un chignon, des tresses... tout est possible! » Rien ne prédestinait cette jeune femme chaleureuse et décontractée, qui apprécie le bon vin et les soirées entre amis, à une carrière de ballerine : « J'ai commencé la danse à 4 ans et n'ai jamais arrêté. Mes parents ne m'ont pas spécialement poussée, mais je n'ai jamais pensé faire autre chose », confie-t-elle, emmitouflée jusqu'aux oreilles. En début de séance, on pourrait prendre les danseurs pour des alpinistes. L'art de la superposition fait partie du jeu : vestes polaires, salopettes de ski, sous-pulls et gros chaussons laissent peu à peu la place aux justaucorps et collants. « On se couvre pour ne pas attraper froid. Mais ça fait un peu pyjama », plaisante Laure.

Roméo se cherche encore...
Une heure et demie plus tard, les danseurs ont droit à une courte pause de trente minutes pour souffler et manger sur le pouce. La répétition de Roméo et Juliette commence dans la foulée. En coulisses, les techniciens sont à leur poste pour déplacer les éléments de décors, pendant que les danseurs travaillent leurs mouvements dans la pénombre. « Chacun est dans sa bulle », commente Laure. Roman, lui, n'est pas totalement à l'aise : « je cherche encore un peu le personnage », avoue-t-il. « Roméo, c'est le grand romantique et ce n'est pas très naturel pour moi ! » Dans ces cas-là, l'expérience est un atout : « J'ai dansé dix ans en Russie et participé à quatre concours. C'est ma sixième année à Bordeaux et je me sens assez sûr de moi pour ne plus avoir peur d'entrer en scène. Le plus dur c'est de tenir physiquement », conclut-il. Après la répétition, vers 17 heures, il retrouvera sa famille puis se rendra chez le kiné pour un bon massage. D'ici le 31 décembre, Roman devrait enchaîner une dizaine de spectacles. Quant à Laure, il lui tarde les vacances, début janvier, pour s'offrir trois semaines de repos en Thaïlande.