Un chantier qui ne manque pas de sel

Marion Guillot

— 

Les travaux consistent à démonter la toiture du bâtiment annulaire, pierre par pierre, pour réaliser une couche étanche en-dessous.
Les travaux consistent à démonter la toiture du bâtiment annulaire, pierre par pierre, pour réaliser une couche étanche en-dessous. — S. POUZET / 20 MINUTES

L'eau et le sel ne font pas bon ménage avec la pierre. Le phare de Cordouan en sait quelque chose. Depuis un mois, des ouvriers sont à pied d'œuvre pour améliorer l'étanchéité du bâtiment annulaire (en forme d'anneau), situé à la base de la tour et datant de 1790. « Un chantier exceptionnel », souligne l'architecte Franck Lamendin, missionné par l'architecte en chef des Monuments historiques. L'originalité de cette opération tient à la situation de l'édifice et à sa structure même. Érigé à partir du XVIIème siècle dans l'Atlantique, à 7 kilomètres de la Pointe du Verdon, il est régulièrement battu par les vents et les paquets de mer. Entièrement construit en pierres de taille, il souffre de nombreuses infiltrations. Surnommé « le roi des phares », il a été classé aux Monuments historiques en 1862, en même temps que Notre-Dame de Paris.

Sur place toute la semaine
Les maçons des Compagnons de Saint-Jacques, chargés des travaux, ont rarement l'occasion de travailler dans de telles conditions. Outre le froid et l'humidité, ils ne rentrent à terre que les week-ends. « C'est un peu dur, avoue Emilien, l'un des ouvriers. La nuit, quand c'est marée haute, le vent et la mer font un bruit impressionnant. On ne dort pas toujours bien… » Dans le bâtiment annulaire, qui abrite les locaux techniques et les chambres des gardiens, les dégâts sont considérables. « La pierre est devenue poreuse avec le temps », explique Franck Lamendin. Ce qui pose de graves problèmes de sécurité : dans la salle des groupes électrogènes, le plafond en briquettes s'effrite. « Avec le sel et l'humidité, ça fond comme du sucre », observe l'architecte. « Par gros temps, l'eau ruisselle sur les murs et des flaques d'eau se forment sur le sol », ajoute Jean-Paul Eymond, l'un des deux gardiens titulaires. Il n'est pas très serein. Et pour cause : même l'installation électrique est mangée par le sel. « C'est un danger potentiel », admet Régis Magnier, contrôleur des phares et balises. D'autant que les touristes devraient être de plus en plus nombreux dans les années à venir. Le Syndicat Mixte pour le développement Durable de l'Estuaire de la Gironde (Smiddest), qui gère l'exploitation touristique du phare, étudie actuellement un projet de mise en valeur. « Si par exemple des salles vidéo voient le jour, l'étanchéité devra être parfaite », estime Régis Magnier. Pour l'heure, les travaux engagés ne portent que sur un quart de la circonférence du bâtiment annulaire. Un chantier chiffré à 500 000 euros et financé dans le cadre du plan de relance par l'État, toujours propriétaire du phare. Cette première tranche doit durer trois mois. Mais après ? « Les études ont déjà été faites pour l'ensemble du bâtiment. Maintenant, il faut le financement », souligne Stéphane Major, chef de la subdivision des phares et balises du Verdon.