« Je ne voulais pas pointer ma collectivité du doigt »

Recueilli par Orianne Dupont

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Cette jeune administratrice territoriale du conseil régional passe aujourd'hui devant le conseil de discipline pour avoir écrit un ouvrage sous le nom de Zoé Shepard. Elle y décrit les travers d'une collectivité imaginaire. Mais la région estime qu'elle a bafoué son devoir de réserve et que ses propos sont diffamatoires.

Vous êtes suspendue de vos fonctions et vous passez aujourd'hui devant

le conseil de discipline. Comment

en êtes-vous arrivée là ?
Quand mon livre est sorti en mars, j'ai fait de la promo à la radio. Un ancien élève de mon école, qui travaille à la région, m'a reconnue et m'a dénoncée .
Pourquoi avez-vous écrit ce livre ?
Il est né d'un grand désespoir professionnel. Je n'ai jamais fait ce pour quoi j'avais été embauchée : je n'avais aucun retour sur mes propositions, quand je demandais des dossiers supplémentaires, je me heurtais à une fin de non-recevoir, j'ai été évincée des réunions... J'ai alors écrit un blog pour raconter mon mal-être de manière humoristique et on m'a conseillé d'écrire un livre.
Quelles situations

vous ont désarçonnée ?
Lorsque le conseil régional se transforme en agence de voyages : il balade des délégations étrangères dans des châteaux alors qu'elles souhaitent des réunions de travail. Et un jour, on m'a laissé cinq jours pour changer la police d'un document... Le gaspillage m'a heurtée. Mais tous les exemples que je donne dans le livre ne concernent pas que la région, heureusement : un tel repaire de tarés n'existe pas vraiment.
Et les personnes que vous décrivez ?
Dans chaque personnage, il y a deux à cinq personnes qui sont souvent extérieures au conseil régional.
Vous estimez n'avoir pas
bafoué votre devoir de réserve ?
J'ai tout fait pour protéger ma collectivité, même au détriment de mes ventes. Je ne voulais pas la pointer du doigt car il y a des travers partout.
Que ferez-vous après

le conseil de discipline ?
J'ai un poste ailleurs qui m'attend après deux années de démarche. Mais si je suis révoquée, j'estime que c'est une censure de la liberté d'expression et la décision sera contestée.