Une manif monstre mais bon enfant

Stéphanie Lacaze

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Public, privé, tous les secteurs étaient représentés hier dans le cortège.
Public, privé, tous les secteurs étaient représentés hier dans le cortège. — P. Saura / 20 Minutes

60 000 personnes selon les syndicats, 25 000 selon la Préfecture, dans les rues de bordeaux pour la manifestation contre les retraites, hier. Le parcours a dû être modifié et rallongé pour que tout le monde puisse défiler. « On n'avait pas vu ça depuis 95 » lance Jean-Jacques, cheminot en retraite, hilare, son petit-fils dans les bras. A l'époque, c'est un certain Alain Juppé qui avait soulevé la rue contre son projet de réforme du système de retraites. La forte mobilisation lui avait coûté sa place. Hier, les manifestants avaient plutôt le Président de la République dans leur collimateur.

Plus de jeunes mobilisés
Public, privé. Tous les secteurs d'activité sont représentés dans le cortège : des artistes de l'Opéra de Bordeaux aux salariés de Dassault aviation et de Conforama en passant par le personnel du CHU. Philippe, maçon de profession est venu manifester parce que « si on laisse faire, la retraite à 70 ans, c'est pour demain. Je ne me vois pas poser un parpaing à 67 ans. Sinon la maison, elle va faire comme la Tour de Pise » plaisante cet ouvrier qui, à quarante ans, a déjà passé plus de la moitié de sa vie au travail. La pénibilité de l'emploi, Patrick connaît bien lui aussi. A 54 ans, cet ancien cheminot, chargé de l'entretien du matériel, en paraît 70. Victime de l'amiante, il est en cessation d'activité anticipée. « Officiellement je suis à la retraite dans un an. Vous croyez que j'aurais pu attendre ? » demande-t-il.
Les jeunes sont venus plus nombreux que le 27 mai dernier. Marie, agent administratif d'une trentaine d'années, a fait ses comptes et cela l'inquiète: « Je vais devoir travailler jusqu'à 64 ans pour bénéficier d'une retraite qui ne sera même pas à taux plein. » Damien, son compagnon se demande surtout si ses enfants « auront simplement droit à une retraite. »