bordeaux commémore de gaulle et se souvient des jours sombres

sophie lemaire

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Des figurants en costume ont reconstitué hier le départ du général de Gaulle pour Londres, depuis la base aérienne 106 à Mérignac.
Des figurants en costume ont reconstitué hier le départ du général de Gaulle pour Londres, depuis la base aérienne 106 à Mérignac. — p. saura / 20 minutes

Il n'a passé que douze heures à Bordeaux, mais ces heures-là ont marqué l'histoire. Le passage éclair du général de Gaulle en Gironde, puis son départ pour Londres, à la veille de l'appel du 18 juin, étaient commémorés en grande pompe hier sur le tarmac de la base aérienne 106 à Mérignac. A l'endroit même où le général de Gaulle a atterri, le soir du 16 juin 1940, dans l'espoir de faire signer par le chef du gouvernement en exil, Paul Raynaud, une alliance franco-britannique qui devait permettre à la France d'éviter la capitulation. Il ne savait pas encore que pendant son vol le président du Conseil avait démissionné et Pétain avait commencé à constituer son gouvernement. Son plan étant mort-né, le Général ne passera qu'une nuit à l'hôtel Normandie, cours du XXX Juillet. « Ma décision fut prise aussitôt, je partirais dès le matin », écrit-il dans ses mémoires. Le 17 juin à 9 h, son avion prêté par Churchill redécollait de Mérignac en direction de Londres. Le lendemain, il prononçait sur la BBC le discours devenu célèbre.

Bordeaux entre deux eaux
C'est cette visite express que les autorités girondines ont mise à l'honneur cette année, avec reconstitution en costumes sur la base de Mérignac et passage de la patrouille de France dans le ciel de Bordeaux. A juste titre, estime l'historien Michel Chaumet, car il s'agit de rendre hommage à « l'acte fondateur d'un homme seul, héroïque, dont la vision stratégique est excellente ».
Mais Bordeaux, comme le reste de la France, a aussi connu des épisodes plus sombres. « Célébrer de Gaulle ne doit pas faire oublier qu'en 1940 le maire de Bordeaux, Adrien Marquet, était un collaborationniste qui a œuvré à l'avènement de Pétain. Bordeaux n'a pas levé tous les tabous sur cette époque, son passé n'est pas seulement glorieux et sa relation à ce passé est complexe. Il faut expliquer aux jeunes comment les choses se sont vraiment déroulées, avec les deux faces de l'Histoire. »
Bordeaux a eu ses actes héroïques. Jusqu'en 1943, la ville est un des pôles de la Résistance en France. « Mais ensuite, la Résistance bordelaise se divise en querelles intestines, raconte Michel Chaumet. Si bien qu'à la Libération, elle est désorganisée, inefficace et du coup presque inexistante. » Peut-être est-ce aussi pour se racheter que Bordeaux se choisira, au sortir de la guerre, un maire héros de la Résistance.

capitale

En juin 1940, Bordeaux devient la capitale d'une France en guerre. Comme en 1870, le gouvernement fuit les combats et choisit Bordeaux, grande ville éloignée du front, pour se réfugier. Il s'installe au 29, rue Vital-Carles, dans l'hôtel de l'Etat-major. Des centaines de milliers de civils arrivent. La population de la ville passe de 400 000 à 800 000 personnes. Après l'armistice, le gouvernement de Pétain quitte Bordeaux pour Vichy et les troupes allemandes s'installent.