« Aider à repérer les signes de détresse »

© 20 minutes
— 

Psychiatre en chef de l’unité médico-psychologique  de l’adolescent  au CHU de Bordeaux  (centre Jean-Abadie).   En quoi la distribution de  plaquettes informatives sur le thème « Il ou Elle va mal/Être attentif aux jeunes » était-elle une nécessité ? Sans pour autant présenter des troubles mentaux, 10 à 15 % des adolescents ne vont pas bien. Dès l’âge de 11 ans,  ils peuvent adopter des conduites inquiétantes. Nous voulons aider à repérer les signes de détresse pour intervenir à temps. En outre, les gens ont une vue assez floue des dispositifs et des centres d’accueil existants. Quels sont les signes  précurseurs ? Des conduites de rupture qui se répètent et apparaissent avant l’âge de 15 ans : fugue, scarification, consommation excessive d’alcool ou de cannabis, échec scolaire... Une jeune fille qui fugue avant 15 ans, c’est inquiétant.  Ces comportements de rupture sont-ils des appels ? C’est ambigu. C’est à la fois une volonté d’attirer l’attention, sans que l’adolescent n’en soit vraiment conscient. Les garçons et les filles  ont-ils la même attitude ? Les garçons sont plutôt dans des conduites violentes, alors que les filles vont avoir des problèmes centrés sur leur corps. Par exemple, les garçons s’adonneront aux tags et les filles à la scarification. Quand un garçon adopte des conduites de filles, ou le contraire, c’est d’autant plus préoccupant.  D’où vient ce mal-être ?  Le dénominateur commun est la difficulté de trouver sa place. Certains trouvent des réponses en se colorant des mèches, d’autres passent par le piercing ou l’alcool. Beaucoup d’adolescents  se posent des questions sans pour autant être mal... Derrière les difficultés identitaires se cachent des causes plus profondes. 1/3 des jeunes filles qui entrent au centre Jean-Abadie ont été victimes de violences sexuelles. Mais les jeunes n’ont pas toujours conscience du lien entre leur attitude et le passé. Récemment, le suicide présumé de Noémie, dans le Pas-de-Calais, a révélé des comportements de rupture, par le biais d’Internet et des blogs.  Est-ce un nouveau danger  pour les adolescents ? Internet est un nouvel espace de circulation, comme la rue. Cela demande donc des réglementations. Dans la rue, on ne peut pas se taillader avec un rasoir en disant aux gens « faites comme moi ». De la même manière, Internet n’est pas le carrefour de tous les possibles. Quelles sont les solutions  pour ces adolescents ? Il faut pouvoir comprendre d’où ils souffrent et comment y faire face. Par exemple, pour le cannabis, il faut se demander la place que cela occupe dans leur vie, ce qu’ils cherchent, à quelle fréquence ils fument... Un ado qui fume le samedi soir avec ses copains, ce n’est pas inquiétant. Mais celui qui fume un joint avant d’aller au collège pour ne pas se sentir angoissé a un problème. Recueilli par O. Dupont Fil santé jeunes : 0 800 235 236