Aimal Faizi Ex-assistant au Pakistan, il étudie le journalisme à l’IUT

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Etre « fixeur » pour toucher du doigt le métier de journaliste. L’objectif est plus que réussi pour Aimal Faizi, jeune Afghan de 25 ans, aujourd’hui étudiant à l’IUT de journalisme de Bordeaux. Né à Kandahar dans le sud de l’Afghanistan, il étudie le français au lycée franco-afghan de Kaboul. Mais en 1994, la guerre civile et l’arrivée des Talibans le poussent à fuir à Karachi, au Pakistan. Il passe alors le plus clair de son temps à l’Alliance française : « Je ne voulais pas faire ma vie au Pakistan car c’est le pays d’origine des Talibans », rappelle-t-il. Aimal devient le traducteur et le guide de référence de l’Alliance. « A chaque fois que des Français étaient de passage à Karachi, on me les envoyait », raconte-t-il. Un jour, ce fut Renaud Bernard, reporter à France Info. Aimal réalise son rêve : « Travailler avec des journalistes étrangers sur le terrain. » Le voilà devenu « fixeur », autrement dit « le guide, le chauffeur, le carnet d’adresses, les yeux et les oreilles du journaliste, qui ne comprend pas la société qui l’entoure ». Il n’a pas encore conscience des risques, mais se souviendra toujours de sa première soirée avec Renaud Bernard. Après de brèves présentations, « le journaliste a voulu aller dans le quartier le plus dangereux de Karachi pour interviewer un dirigeant islamiste, raconte Aimal. On a trouvé un mollah extrémiste. Il nous a fait monter dans sa voiture pour faire l’interview dans une petite rue. Il aurait pu nous arriver n’importe quoi ! », réalise-t-il aujourd’hui. En 2002, Aimal rentre dans son pays, libéré des Talibans. Il y rencontre Delphine Minoui, journaliste française à Kaboul (lire ci-contre). Celle-ci l’encourage à postuler dans une école de journalisme française et soutient sa candidature. Aimal obtient alors une bourse de l’ambassade de France et s’envole vers l’IUT de Bordeaux. Aujourd’hui, dans sa chambre universitaire, Aimal rêve de travailler pour une radio en Afghanistan. Studieux et solitaire, il berce ses soirées de musique classique indienne. Et avoue que les siens lui manquent. Mais il s’accroche : « Mon pays a besoin de moi. » Marion Guillot Conférence de presse à l’IUT de journalisme, demain à 12 h, place Renaudel.

Delphine Minoui, correspondante du Figaro et de Radio France à Téhéran. A travaillé avec Aimal à Kaboul, en 2002 « Il est très à l’écoute, curieux, ouvert, parle couramment le dari, le pachtoun, le français et l’anglais. Il est devenu un assistant indispensable. Fin 2002, un de nos collègues a été victime d’un attentat. Aimal a remonté le moral des troupes. Il n’a jamais craqué ». Edith Rémond, enseignante à l’IUT de Bordeaux III « C’est un très bon exemple pour les étudiants, mais il a quelques difficultés à s’intégrer. La réunion de demain est l’occasion de le valoriser ».