Bordeaux : Face à la « thrombose », des élus s'allient pour relancer le grand contournement routier

ça coince Le président de Bordeaux Métropole et le maire de Libourne en appellent à l'Etat pour relancer un projet de contournement routier de Bordeaux qui partirait du Sud pour aller vers l’Est

Mickaël Bosredon
Bouchon sur la rocade de Bordeaux.
Bouchon sur la rocade de Bordeaux. — S. ORTOLA
  • « Il faut que les véhicules arrivant du sud de la rocade, sans doute au niveau de Langon, puissent avoir une liaison vers le nord-est de l’Aquitaine » estime le président de Bordeaux Métropole, Alain Anziani.
  • Le maire de Libourne Philippe Buisson rappelle qu’il est également favorable au RER métropolitain, « mais que celui-ci ne permet pas d’aller partout. »
  • Philippe Buisson ajoute qu’il représente plusieurs villes de taille moyenne situées à environ 200 km de Bordeaux, qui espèrent un désenclavement du territoire à la faveur de ces barreaux routiers.

Ce n’est ni « un combat d’arrière-garde », ni « un projet hors du temps », martèlent-ils. Alain Anziani, maire PS de Mérignac et président de Bordeaux Métropole, et Philippe Buisson, maire PS de Libourne et président de la Cali (Communauté d’agglomération du Libournais) ont lancé ce mardi un « appel à l’Etat » pour qu’il relance « au plus vite » des études en faveur d’un contournement routier de Bordeaux.

Le mot « contournement », synonyme de serpent de mer à Bordeaux tant cela fait des années que le sujet resurgit régulièrement, n’a jamais été prononcé par les deux élus. « Appelez cela comme vous voulez, lance Philippe Buisson, mais il faut une déviation, qui peut être très lâche, autour de Bordeaux en partant du Sud et en allant vers l’Est. » « Il faut que les véhicules arrivant du sud de la rocade, sans doute au niveau de Langon, puissent avoir une liaison vers le nord-est de l’Aquitaine », confirme Alain Anziani. Toutefois, « nous ne venons pas avec une demande précise sur tel ou tel barreau, insiste Philippe Buisson, nous venons relancer un débat de manière apaisée et pragmatique, car le statu quo est intenable. »

« La démobilité n’est pas une perspective »

Pour le maire de Libourne, qui a rappelé que Bordeaux a grimpé cette année à la deuxième place des villes les plus embouteillées de France, « il y a une forme d’aberration à ce que tout véhicule venant du sud de l’Europe et se dirigeant vers le Nord, se retrouve inévitablement sur la rocade. » Et ce problème « ne peut que s’empirer, assure Philippe Buisson, la « démobilité » n’étant pas une perspective. Ce ne sera jamais une vérité, parce que la mobilité c’est la liberté. »

Anticipant les critiques, notamment de la part de leurs alliés verts à la métropole qui ne veulent pas entendre parler de contournement routier, les deux élus socialistes préviennent : « on n’est pas des abrutis qui n’y connaissent rien, balance Alain Anziani, nous connaissons très bien les perturbations causées par les véhicules. » « Nous ne sommes pas des arriérés qui ne comprendraient pas leur époque, et qui penseraient qu’il n’y a que le routier comme solution », enchaîne Philippe Buisson. Et quand Alain Anziani abat sa carte du schéma des mobilités, qui doit faire passer la part des voitures dans la métropole de 50 à 33 %, Philippe Buisson rappelle que « la première ligne française des RER métropolitains a été Libourne-Arcachon. Nous sommes pour le RER métropolitain, mais même avec les RER métropolitains, on ne peut pas aller partout. »

« La théorie de l’évaporation des véhicules ? Une chimère »

Des alliés verts qui en ont pris pour leur grade au passage. La théorie de l’évaporation de la circulation, soutenue par les écologistes à la mairie de Bordeaux ? « Une chimère », balaie Alain Anziani. L’argument avancé par le maire EELV de Bègles, Clément Rossignol-Puech, qui voudrait que plus on crée de voies routières, plus le trafic augmente ? « J’ai tendance à dire que c’est plutôt l’inverse : on fait des voies routières parce qu’il y a des véhicules », répond encore le président de la métropole.

« C’est toujours facile quand on est élu d’un territoire qui est servi en matière d’infrastructures, de considérer que les autres n’ont pas à l’être, ajoute de son côté Philippe Buisson. Si Bègles n’avait pas le pont François-Mitterrand, il manquerait. Et s’il n’y avait pas l’une des plus grandes zones commerciales de Gironde [Rives d’Arcins] à Bègles, il y aurait moins de monde sur la rocade. »

« Un élément d’assèchement du territoire »

Aux écologistes de la métropole, Philippe Buisson a par ailleurs opposé les élus des territoires, précisant qu’il représentait un collectif de villes moyennes situées à environ 200 km de l’agglomération de Bordeaux, comme Angoulême, Bergerac, Périgueux, Agen, etc. « Je les ai réunies à Libourne il y a quelques semaines, et toutes partagent ce constat que la thrombose bordelaise est un élément d’assèchement du territoire, affirme-t-il. C’est au nom du désenclavement du territoire, à la faveur de ces barreaux qui viendraient irriguer les territoires intérieurs par l’est de la métropole, que nous souhaitons la réactualisation de ce dossier. »



Quant aux arguments sur la pollution routière, Phillippe Buisson se dit convaincu que « le routier peut être vertueux. » « Je prends le pari que le jour où ces fameux barreaux existeront et allégeront la thrombose bordelaise, dans quinze-vingt ans, le routier sera propre. » Les élus, qui rappellent que « l’Etat a accepté [des projets routiers] à Rouen et à Strasbourg » espèrent que le projet puisse être inscrit dans le prochain contrat de plan Etat-Région.