Bordeaux : La piscine est terminée, les bassins remplis mais la justice annule l’ouverture imminente

projet noyé Le Tribunal administratif de Bordeaux a suspendu le permis de construire du stade nautique de Mérignac, à quelques semaines de son ouverture

Elsa Provenzano
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Le stade nautique de Mérignac devait ouvrir au public le 19 décembre.
Le stade nautique de Mérignac devait ouvrir au public le 19 décembre. — E.Provenzano
  • Des riverains inquiets des nuisances sonores que pourraient occasionner les toboggans extérieurs ont déposé un recours pour suspendre les travaux.
  • Le tribunal administratif a fait droit à leur demande, alors que l’équipement, qui devait ouvrir au public le 19 décembre, est presque terminé.
  • Les autorités avaient assuré la métropole de la non-nécessité d’une étude d’impact pour ce projet de moins de dix hectares, mais la justice n’est pas d’accord sur ce point.

Le bassin olympique et les bassins annexes sont remplis, les vestiaires flambant neufs avec leurs rangées de casiers ont été installés, et des centaines de bracelets y sont accrochées. Mais on ne sait pas encore quand les visiteurs pourront faire leurs premières brasses au stade nautique de Mérignac, avec un exemplaire au poignet.

Le permis de construire avait été obtenu en octobre 2020 et, après deux ans de travaux, le stade nautique, qui a coûté 40 millions d'euros, était sur le point d’être livré le 19 décembre 2022. Mais, le juge des référés du tribunal administratif vient de suspendre, le 24 octobre, le permis de construire, ce qui conduit à l’arrêt des travaux. Ils sont pourtant pratiquement bouclés, et seuls quelques aménagements extérieurs manquent à cet équipement calibré pour les compétitions nationales et l’accueil d’environ 2.000 visiteurs par jour. Le groupement dirigé par Eiffage était en train de procéder aux « marches à blanc », c’est-à-dire aux tests de fonctionnement de l’équipement à vide. 

Un Waterjump dans le viseur des riverains

C’est le WaterJump, proposant des toboggans extérieurs, qui a suscité l’inquiétude de dix riverains du projet, qui habitent une zone résidentielle proche. Ils ont déposé plusieurs recours depuis l’été 2020, craignant des nuisances sonores importantes. « On l’a retourné pour mettre un mur antibruit, la hauteur a été abaissée, et il sera végétalisé », énumère Alain Anziani, maire de Mérignac et président de Bordeaux métropole. Des précautions qui n’ont pas éteint la colère des requérants.

Pour l’instant, on ne sait pas dire quel serait le bruit occasionné par les utilisateurs de ces rampes glissantes, puisque aucune étude d’impact n’a été menée. Elle est obligatoire quand la surface est supérieure à 10 hectares or, sans le stade voisin Robert-Brettes (déjà existant), l’équipement nautique en lui-même est d’une superficie inférieure. Quel est donc le périmètre à retenir ?  « Sur cette question, on s’en est remis à l’Etat bien sûr et, par arrêté du 13 mars 2020, l’autorité environnementale nous a écrit, deux fois, pour nous dire qu’il fallait s’en tenir au foncier du stade nautique », rappelle le président de Bordeaux métropole.

Les recours déposés par les riverains concernant ces nuisances, mais ayant des répercussions sur l’ensemble de l’équipement du stade nautique, avaient été rejetés à plusieurs reprises, notamment par le conseil d’Etat le 19 novembre 2021, confortant la métropole dans sa démarche. « Mais moins d’un an plus tard, le tribunal juge l’inverse, s’étonne Alain Anziani, le 14 septembre 2022, en considérant que l’autorité environnementale aurait commis "une erreur de droit ", en dispensant le projet d’une d’étude d’impact. » Il donne 20 mois à la métropole pour faire cette étude. Mais les riverains n’en restent pas là…

Une ouverture repoussée, pour plusieurs années peut-être

Deux ans après le début des travaux, ils déposent un référé demandant cette fois l’arrêt des travaux. Et à la stupéfaction de la métropole, dans l’ordonnance en date du 24 octobre 2022, le tribunal administratif accepte leur demande, estimant que cette suspension ne constitue pas « une atteinte d’une particulière gravité à l’intérêt général », ce qui fait bondir la métropole. Mettant en avant que les travaux sont terminés, Alain Anziani rappelle que c’est une décision qui « prive les usagers de tout un bassin de population de cet équipement », dans une agglomération en déficit de bassins.

La métropole a fait appel de la décision du tribunal administratif, tout en engageant les démarches pour produire une étude d’impact. Elle espère ouvrir dans les meilleurs délais rappelant que les scolaires, les associations, les clubs sportifs et les habitants attendent cette ouverture depuis des années. L’UCPA, le futur exploitant, avait commencé des recrutements et plusieurs dizaines de personnes se retrouvent dans l'incertitude. 

Si la suspension des travaux est confirmée « la fermeture sera au moins d'un an » craint le président de la métropole qui ne veut pas que l'équipement rutilant finisse au « musée des oeuvres perdues »...