Bordeaux : Simple « remaniement » dans l’équipe municipale ou le symptôme d’une « instabilité » ?

politique L’adjoint à l’urbanisme résilient a annoncé sa démission, effective fin octobre, c’est le quatrième départ depuis deux ans et trois mois

Elsa Provenzano
L'équipe municipale du maire Pierre Hurmic, le 3 juillet 2020.
L'équipe municipale du maire Pierre Hurmic, le 3 juillet 2020. — MEHDI FEDOUACH
  • Un remaniement est en cours dans l’équipe municipale de Pierre Hurmic, après notamment la démission de deux adjoints.
  • Celle du 3e adjoint, en charge de l’urbanisme résilient, a fait beaucoup réagir une partie de l’opposition. Il reste cependant conseiller municipal.
  • La majorité défend les membres non professionnels dans ses rangs, qui peuvent avoir envie de retourner à leur carrière professionnelle ou invoquer des motifs personnels.

Celle-là ne passe pas inaperçue. S’il y a déjà eu d’autres démissions depuis deux ans et trois mois parmi la majorité bordelaise celle de Bernard Blanc, adjoint à l’urbanisme résilient, un des poids lourds de l’équipe de Pierre Hurmic (EELV), a fait réagir une partie de l’opposition. « Nous pensons qu’il n’y croit plus et qu’il s’en va », résume Fabien Robert (Modem).

Son départ, effectif fin octobre, sera acté dans le conseil municipal de novembre. L’adjointe à la politique de la ville, Véronique Serrale, avait déjà annoncé quitter son poste cet été, pour refaire sa vie à Strasbourg.

« Ce n’est pas anodin ce qui se passe »

« Il avait été décidé que Bernard Blanc nous aidait à poser les fondations d’une politique de l’urbanisme résilient », a expliqué Pierre Hurmic au début du conseil municipal de ce mardi. « Il a d’autres projets de vie et souhaite lever le pied, c’est une charge très lourde, ajoute-t-il. On est tous capables de l’entendre sans y voir de sous-entendus politiciens. »

Mais le groupe d’opposition Bordeaux Ensemble (LR-Modem) ne l’entend pas de cette oreille. « C’est révélateur d’un manque de cohérence politique et d’atermoiements, qui amènent des gens à se retirer », estime Nicolas Florian (LR). Fabien Robert pointe, lui, un temps de latence avant et après le départ d’un adjoint et s’interroge sur « la continuité du service public ».



« Ce n’est pas anodin ce qui se passe, malgré ce que vous voulez faire croire », a-t-il lancé en conseil municipal. Trois changements de délégations, trois directeurs de la communication qui partent et quatre démissions… Pour lui, cela crée un « sentiment de pagaille ». « Il y a des gens qui ne sont pas d’accord entre eux, c’est la vie, commente Nicolas Florian. Sauf que quand ça devient un facteur d’instabilité de la politique municipale, ça rajoute de l’inaptitude à l’inaptitude ».

Ce mardi en conseil, le principal intéressé, Bernard Blanc, a pris la parole pour couper court à ces questions : « J’ai envie de m’occuper de mon épouse, au bout de deux ans, a-t-il expliqué. J’étais très fier d’être élu avec Pierre. Quand on vient de la société civile, on sait qu’on n’est pas indispensables et je n’ai pas l’intention de faire carrière ». Sa prise de parole a été saluée par de nombreux applaudissements.

« Nous n’avons pas de professionnels de la politique »

« On conservera les fondations solides de sa politique comme le bâtiment frugal bordelais, les baux solidaires : tout cela il fallait le négocier avec les promoteurs, a commenté le maire de Bordeaux. Ces politiques sont maintenant sur les rails. On est sur la bonne trajectoire d’un urbanisme résilient. »

La majorité a insisté sur le fait qu' elle n’a pas dans ses rangs de salariés de partis politiques. « L’une de nos spécificités, c’est que nous n’avons pas de professionnels de la politique nous avons des gens qui ont des vies privées et professionnelles, explique le maire de Bordeaux. Et à un moment donné, ils choisissent de réintégrer leur vie professionnelle car ils ne vivent pas de la politique. Ceux pour qui c’est le cas peuvent en être désarçonnés ». Sur le mandat précédent, le maire de Bordeaux a rappelé qu’il y avait eu sept démissions parmi lesquelles celle de la première adjointe et celle du maire.

Dans ce contexte tendu c’est Stéphane Pfeiffer, déjà adjoint en charge du logement qui prendra la suite de Bernard Blanc et aura la rude tâche de rendre compte de la politique urbaine de la majorité écologiste.