Bordeaux : Bientôt des bus sur la rocade, les poids lourds incités à lever le pied

MOBILITE Un an après sa création, le groupe de travail sur la rocade de Bordeaux a livré ce mardi ses premières pistes pour fluidifier la circulation

Mickaël Bosredon
— 
La rocade de Bordeaux (illustration)
La rocade de Bordeaux (illustration) — S. ORTOLA
  • L’interdiction de doubler pour les poids lourds, qui existe déjà sur des portions très réduites, va être testée sur la partie ouest et nord de la rocade.
  • Un péage différencié pour les poids lourds, pour les inciter à emprunter la rocade en dehors des heures de pointe, va être mis à la concertation.
  • Des bus pourront également emprunter la bande d’arrêt d’urgence, entre le stade Matmut et Villenave d’Ornon.
  • L’idée d’une étude pour un contournement de la rocade est également relancée.

La mise à deux fois trois voies de la rocade de Bordeaux sera bouclée en juin 2023, soit… quinze ans (et 268 millions d’euros) après les premiers coups de pioche. Christophe Noël du Payrat, secrétaire général de la préfecture de la Gironde, a rappelé ce mardi combien le sujet de l’aménagement de la rocade devait s’envisager sur le long terme, à l’heure de dresser les premières pistes de réflexion sorties du groupe de travail mis en place il y a un an, pour améliorer la mobilité sur cet axe de circulation de 45 km de long.




« On n’aura pas de « grand soir » de la mobilité à Bordeaux, de baguette magique qui réglera cette question » prévient d’emblée le secrétaire général. Mais des « avancées » sont sorties du groupe de travail, qui a mêlé élus de la métropole et préfecture. Des avancées qui concernent essentiellement la circulation des poids lourds, notamment les poids lourds étrangers en transit. « Les poids lourds représentent en tout 15 % du trafic sur la partie est de la rocade, et 8 % sur la partie ouest » rappelle la préfecture.

Les poids lourds dans le viseur

Une interdiction de doubler pour les poids lourds va être expérimentée durant un an, à partir du début de l’année 2023. « Il y a parfois une incompréhension des usagers, précise Christophe Noël du Payrat, qui croient que cette interdiction de doubler existe déjà, alors qu’elle n’est mise en œuvre que sur des portions très réduites, comme la descente de Bouliac. Là, nous souhaitons l’étendre à toute la partie ouest et nord de la rocade, entre les échangeurs 1 et 15. »

Une « modulation tarifaire », c’est-à-dire un tarif de péage - au niveau de l'A63 - différent pour les poids lourds, est également sur la table. « Il faudra beaucoup de concertation » prévient toutefois le président de la métropole Alain Anziani, indiquant que les transporteurs « n’y sont pas favorables. »

« Les péages seraient plus élevés pour les poids lourds, pour les dissuader d’arriver sur la métropole aux heures de pointe, et davantage incitatifs aux heures creuses » précise François Duquesne, directeur de la Dira (Direction interdépartementale des routes Atlantique). L’augmentation du tarif sera toutefois limitée à un maximum de 30 %. « On aurait quelques centaines de camion en moins aux heures de pointe, estime François Duquesne, sachant qu’un poids lourd prend plus de place qu’une voiture… » 

En revanche, il ne sera pas donné suite au projet de « stockage » des poids lourds aux abords de la rocade aux heures de pointe. « Cela aurait des incidences très lourdes sur les territoires voisins de la rocade, et poserait des problématiques d’accordéon sur le trafic au moment où on relâche ces poids lourds » explique le secrétaire général de la préfecture.

Bus et covoiturage

La question de faire circuler des bus sur la rocade, a également avancé. Après une première expérimentation entre les échangeurs 12 et 13, « on peut envisager une extension de l’usage de cette bande d’arrêt d’urgence sur une portion plus large, entre l’échangeur 4a du stade Matmut et 19 à Villenave d’Ornon, soit les deux tiers de la rocade » annonce le secrétaire général de la préfecture. « Cela nécessitera néanmoins un certain nombre de travaux qui dureront deux ans, pour un montant de l’ordre de 20 millions d’euros. » La vitesse de ces bus serait limitée à 70 km/h.



Le covoiturage est également « une piste importante d’amélioration de la mobilité. » Pas sur la rocade, mais sur certaines radiales qui se déversent sur celle-ci. Un projet de réserver la voie de gauche au covoiturage sur l'A10, entre Saint-André-de-Cubzac et l’entrée nord de Bordeaux, est ainsi sur la table. « On a en moyenne 1,1 passager par véhicule, c’est un niveau très faible, il faut arriver à dépasser un peu ce curseur pour faire fondre les bouchons, explique Christophe Noël du Payrat. L’idée est donc de donner un bonus, en matière de temps de trajet et de sécurité de parcours, aux covoitureurs, en utilisant la voie de gauche pour cela. Cela pose des questions de contrôle, il faudra entre trois et cinq ans pour le mettre en place, mais c’est une piste très importante. » Une réflexion est aussi en cours pour l'A62 entre La Brède et la rocade, et l'A63.

L’idée du contournement de la rocade relancée

Si ces mesures concernent le court terme, le long terme a aussi été évoqué. Il faudra ainsi « déterminer dans quelles conditions on peut passer l'A63 entre Bordeaux et Salles en 2x3 voies, dossier que l’Etat a réactivé il y a environ un an et demi » indique la préfecture. « Le gouvernement a décidé de mettre ce sujet à la concertation publique en janvier 2023, avec deux scénarios : l’un avec péage, l’autre sans. » Sachant que les élus sont vent debout contre un projet de péage sur ce tronçon de l'A63.

L’idée d’un contournement routier de la métropole de Bordeaux est également revenue dans les débats. « Je ne suis pas opposé à un barreau routier entre Langon et Mussidan (Dordogne) », a indiqué Alain Anziani (PS). « Il faut refermer l’idée d’un grand contournement comme on l’a imaginé il y a vingt ans, mais ce barreau me paraît une bonne idée. » Pour le député Renaissance Thomas Cazenave, c’est « la question du développement de notre territoire » pour ces prochaines années qui se dresse devant les élus. Et pour cela, il faut « en effet reposer la question d’une étude pour une déviation des poids lourds. »