Dix labos énergivores dans le viseur de l’université de Bordeaux

CRISE Les équipements de pointe des unités de biologie santé consomment beaucoup d’électricité

Elsa Provenzano
— 
Le Neurocampus s'étend sur 15.000 m2.
Le Neurocampus s'étend sur 15.000 m2. — univ-Bordeaux - Y.Deris
  • L’université de Bordeaux, qui accueille 54.000 étudiants en cette rentrée, a présenté quelques mesures phares pour faire face à la crise de l’énergie.
  • Elle veut réduire les consommations de dix gros laboratoires de recherche en priorité.
  • Elle a déjà lancé une rénovation d’ampleur de son patrimoine immobilier et accélère sur le photovoltaïque par exemple.

« On est une université de recherche intensive pourvue de nombreux laboratoires en biologie santé, qui sont très consommateurs, explique Dean Lewis, président de l’université de Bordeaux. On veut avoir une action spécifique sur dix d’entre eux car si on y réduit de 15 à 20 % la consommation d’énergie (principalement l’électricité), cela l’emporte sur la consommation de tout l’établissement. » Une démarche ciblée qui ne dispense pas l’université de Bordeaux, qui accueille 54.000 étudiants, des mesures d’économies espérées en abaissant de quelques degrés le chauffage ou la climatisation des serveurs informatiques, par exemple.

Eviter les coupures sauvages

« On a fait la tournée de nos gros laboratoires énergivores et on se demande si on peut y baisser la charge ou même reporter des opérations particulièrement gourmandes en énergie et ainsi éviter les coupures sauvages », ajoute Éric Macé, vice-président en charge des transitions environnementales et sociétales. Parmi ces gouffres en termes de consommation d’énergie, il y a par exemple l’Institut européen de chimie et de biologie (IECB), installé à Pessac. « On y trouve 150 hottes aspirantes qui tournent en permanence, des congélateurs à -84 °C et de la RMN (résonance magnétique nucléaire) », pointe le président de l’université. Il fait aussi remarquer que 250 sorbonnes (enceintes ventilées de laboratoire) tournent en permanence pour renouveler l’air trois fois par heure à l’institut des sciences moléculaires (ISM).

Les équipements de mesure et d’imagerie, dont est par exemple doté le Neurocampus, alourdissent aussi beaucoup la consommation de l’établissement. « On y trouve des animaleries, qu’on ne peut pas arrêter comme ça », souligne le président. A Pessac, la salle blanche (dans laquelle la concentration particulaire est maîtrisée pour des besoins de recherche) fait aussi s’affoler grandement les compteurs.

Inquiète d’une possible baisse de la tension de l’alimentation de 240 à 220, la direction de l’université a aussi lancé une sorte d’audit sur ces équipements, pour savoir si ceux qui seront maintenus pourront bien fonctionner à cette tension.

Rénover aussi les passoires énergétiques

Avec le transfert du patrimoine universitaire de l’Etat à l’université de Bordeaux, qui représente entre 10 et 15 millions de m2, l’établissement a eu le temps de recenser ses passoires énergétiques. « Déjà 35 % de notre patrimoine immobilier a été remis à niveau (avec une dernière livraison en 2023) et un budget de maintenance sur 25 ans, ce qu’on ne faisait pas avant », fait valoir le président. Reste un chantier d’envergure évalué pour le patrimoine restant, soit 400 millions d’euros sur 20 ans.

« On a trop de m2 au regard d’indicateurs nationaux », pointe Dean Lewis, ajoutant que 29 hectares ont été identifiés et pourraient être vendus, sur le modèle de baux à construire. L’idée est de veiller à une certaine cohérence sur le campus, en privilégiant par exemple le logement étudiant.

L’établissement réfléchit aussi à s’équiper de davantage de panneaux photovoltaïques (12.000 m2 aujourd’hui) et sur Talence, Pessac et Gradignan, un réseau de chaleur (géothermie biomasse) concernerait notamment les structures universitaires, à partir de 2024. Il ne s’agit pas seulement de « passer l’hiver », mais d’anticiper en vue d’une crise durable de l’énergie.