« on a vu que Notre système sanitaire marchait sur la tête »

— 

Vous avez commencé la rédaction de votre livre au début de l'été lorsque le discours sur la grippe A H1N1 vous a paru suspect. Qu'est-ce qui vous a mis la puce à l'oreille ?

Tous les ans, la grippe est une affection banale qui peut toucher les personnes à risque mais il existe un plan sanitaire adapté qui passe par une vaccination de la partie de la population concernée. Dans le cas de la grippe A, les premiers communiqués des experts étaient très alarmants alors qu'on ne savait pas encore ce qu'était ce nouveau virus.

Vous évoquez ensuite un enchaînement d'erreurs.

Il y a d'abord eu une erreur d'expertise de la part de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Les experts ont déclenché de manière inopinée le niveau 5 d'alerte pandémique puis le niveau 6 alors qu'il n'existait pas suffisamment de données pour le justifier. On se trouvait en face d'une incertitude scientifique qui a été transformée en risque. Le principe de précaution, largement répandu aujourd'hui, crée un climat propice au déclenchement de la machine sanitaire. Le gouvernement a ensuite fait l'erreur de vouloir vacciner 80 % de la population. Ce qui a entraîné une précipitation dans la préparation du vaccin.

Selon vous, cette vaccination de masse n'était donc pas nécessaire ?

Absolument pas. Dès fin juillet, on disposait de données fiables pour savoir que cette grippe n'était pas dangereuse. Quand le professeur Bernard Debré a parlé d'une « grippette », il avait accès aux bonnes informations. Mais on a continué car la machine était lancée, le plan gouvernemental était prêt et les vaccins étaient commandés. Lorsqu'un dispositif technique est enclenché, il est très difficile de l'arrêter.

Les Français ne se sont d'ailleurs pas précipités pour se faire vacciner...

Il y a eu un retour de boomerang. A force de vouloir paniquer les Français à propos de la grippe, ils ont paniqué sur la qualité des vaccins. Le côté bureaucratique et obligatoire du dispositif a rebuté les gens. La vaccination a ensuite connu un regain d'intérêt sous l'effet de plusieurs facteurs conjugués. Le froid est arrivé et avec lui les affections respiratoires. Le gouvernement a mis sur pied une communication agressive avec des spots et des images de la ministre se faisant vacciner. Il y a également eu un début de panique à propos d'une mutation bizarre du vaccin qui serait intervenue en Norvège. Mais tout cela n'a pas duré.

Quelle conclusion tirez-vous de tout cela ?

Il y a un déni de réalité de la part du gouvernement. Des erreurs ont été commises par la ministre et ses conseillers mais ils ne veulent pas les reconnaître. La principale préoccupation de Madame Bachelot était que son plan réussisse car elle voulait le tester. Mais cela s'est retourné contre elle. On a vu que le système marchait sur la tête. Dans un système qui marche bien, on identifie un problème et on met en oeuvre une solution pour le résoudre. Là, on avait la solution et on a ajusté le problème pour justifier la mise en place de la solution.

Croyez-vous à une deuxième vague épidémique ?

J'ai analysé les diagrammes sur le site de l'Institut de veille sanitaire (INVS). Depuis vingt-cinq ans, il y a eu une seule vague de grippe par hiver. Si on regarde les statistiques de SOS Médecins, les diagnostics de syndromes grippaux ont commencé à décroître depuis la fin du mois de novembre. La première vague d'épidémie est terminée et ce sera sûrement la seule. W

Recueilli par Stéphanie Lacaze