L'atout baroque et chic du musée

Julie Millet

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Les professionnels du milieu artistique disent que c'est une Roll's qui arrive à Bordeaux. Alexis Vaillant, 40 ans et l'allure d'un jeune homme, avec sa casquette vissée sur la tête, vient de prendre ses fonctions de responsable des projets du musée d'art contemporain de la ville, un poste presque fait sur mesure. « Le Capc possède une vraie force, il n'est pas coincé dans une image symbolique comme les grands paquebots internationaux », ces grandes institutions pour lesquelles il a longtemps travaillé.

Car son CV en tant que commissaire indépendant est impressionnant : Genève, Amsterdam, Francfort, Londres... Un parcours international qui ne l'empêche pas de s'extasier sur une cannette de soda revisitée par un artiste, achetée sur un marché de fruits et légumes. Ses influences vont de Andy Warhol et son oeuvre « à la fois conceptuelle et glamour » à la musique jamaïcaine ou au rock californien, « un truc déjanté et foireux ». Avec Bordeaux, c'est finalement une longue histoire. A 20 ans, il découvre l'entrepôt Lainé, « ce sombre cube aux sols noirs ». Un temps enseignant à l'Ecole des beaux-arts, il fait connaissance avec les artistes bordelais. Le lieu du Capc le happe et l'équipe le séduit à l'occasion de l'exposition « Jean-Luc Blanc, opéra rock », qu'il conçoit au printemps dernier. La création du poste stratégique de responsable des projets le décide à sauter le pas. Pour l'instant, il planche sur la programmation de l'automne et sur le nouveau site Internet.

Mais sa grande ambition concerne le site du Capc. « C'est un lieu dur. Il rentre en collision avec les oeuvres : il peut les engloutir ou les faire rejaillir. Cet espace est un challenge », explique-t-il, à l'heure où les artistes travaillent avec des matériaux minimalistes. Si le musée a rajeuni ses visiteurs, Alexis Vaillant voudrait en séduire plus. Pour cela, il envisage de monter une rétrospective sur le réalisateur Tim Burton, dans le cadre d'un travail sur la notion de fantastique contemporain, complétée par l'invitation à un jeune écrivain de SF. Il prévoit aussi de créer des zones mobiles dans le musée, « comme un laboratoire de l'inconnu, à l'image d'un cabinet de curiosité ». Une idée un peu floue pour le moment, mais le public jugera sur pièces dans quelques mois. En attendant, Alexis savoure sa nouvelle vie bordelaise. Avec sa compagne, Nadia Lauro, scénographe reconnue, et son fils de 2 ans, ils viennent d'emménager dans le quartier des Chartrons. « J'ai reçu un accueil bienveillant. On a déjà fait plusieurs fêtes dans notre immeuble », s'enthousiasme le désormais Bordelais pour au moins trois ans. W