La gare du futur, c'est pour après-demain

Marion Guillot

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BROCHET LAJUS PUEYO / ARCHITECTES

Le bout du tunnel approche pour les usagers de la gare Saint-Jean. L'année prochaine, l'accès au parvis ne relèvera plus du parcours du combattant et le pôle d'échanges multimodal deviendra réalité. Entamé en 2007 et financé à hauteur de 29 millions d'euros par les collectivités, l'Europe et la SNCF, ce vaste chantier - qui fait partie du projet Euratlantique, opération décrétée d'intérêt national depuis samedi - doit répondre à deux enjeux majeurs : d'abord celui de la mobilité, en permettant aux usagers de jongler entre vélos en libre-service, bus, tram, taxis, TER et TGV, afin d'optimiser leurs temps de trajets quotidiens. Ensuite, la gare doit se préparer à l'arrivée de la ligne à grande vitesse (LGV) Sud Europe Atlantique, qui mettra la capitale girondine à deux heures cinq de Paris en 2016, avant de poursuivre vers Toulouse et l'Espagne. D'ici à 2020, la SNCF prévoit un bond de fréquentation de 9 à plus de 20 millions de voyageurs par an en gare de Bordeaux. Point sur les mutations à venir.

La création de la gare Saint-Jean remonte à 1855 et « elle n'avait pas été rénovée depuis les années 1980 », rappelle Anne-Laure Téchené, chargée d'opérations à l'agence Gares et connexions Sud-Ouest de la SNCF. Pour répondre au défi du TGV, l'opérateur ferroviaire va entièrement réorganiser les bâtiments voyageurs. Première réalisation : la conciergerie, ouverte depuis l'été dernier au sud de la gare et accessible par le quai no 1. Elle abrite un accueil pour les personnes en situation de handicap, des toilettes, ainsi que la consigne et les objets trouvés.

Les choses sérieuses, à savoir la création d'une galerie de circulation intérieure, vont commencer dans les prochains mois. « Future colonne vertébrale de la gare », selon Anne-Laure Téchené, ce corridor de 5 mètres de large permettra de « désengorger le quai no 1, où les voyageurs ont tendance à s'agglutiner ». Il abritera 1 000 m2 de commerces, de services et offrira des portes d'accès aux quais. Ce chantier colossal revient à « démolir tout le rez-de-chaussée, sauf le hall départs », résume la chargée d'opérations.

Au sud de la galerie, une salle d'attente multimodale verra le jour d'ici à juin, à la place du salon d'honneur qui accueille actuellement les réceptions et conférences organisées par la SNCF. A la mi-2010 également, un espace multimodal ouvrira à côté de la conciergerie. Les voyageurs pourront y acheter leurs titres de transport (tram et bus de la CUB et bus Trans'Gironde). La vente des billets SNCF s'effectuera à l'autre bout de la galerie, au nord de la gare, derrière la gigantesque carte du Sud-Ouest du hall départs. Ce nouvel espace de vente ouvrira fin 2010.

Les nouvelles technologies vont elles aussi faire leur apparition : la SNCF prévoit d'équiper la gare de 200 écrans plats (32 et 46 pouces) pour afficher les trains. Exit les tableaux à palettes et les grosses télévisions... Le son va aussi s'améliorer, comme l'image. « La qualité des annonces sonores faisait partie des points noirs soulignés par les clients lors d'une enquête de satisfaction », précise Anne-Laure Téchené. En cause : l'audibilité des annonces sur les quais, jugée médiocre. En 2010, les quais 4 à 7 seront ainsi équipés d'une sono dernier cri, « comme dans les grandes gares parisiennes ». Les autres quais suivront, au gré des travaux.

A l'extérieur, en revanche, la mutation touche à sa fin : avant la fin décembre, le parvis de la gare aura changé de visage. La conception du mobilier urbain a été confiée à la prestigieuse agence d'architectes Brochet-Lajus-Pueyo. Neuf des douze grands mâts aux formes arborescentes sont déjà en place. Ils serviront à éclairer le parvis et la façade de la gare, à la fin décembre au plus tard. « Le soir, ils projetteront un dégradé de couleurs, du blanc à l'orangé, en passant par le rouge », précise Stéphanie Lecoq, architecte en charge du projet. La future halle multimodale, en cours de construction, ne passe pas non plus inaperçue. Située devant l'entrée principale de la gare, elle servira à abriter les quais de tram et de bus. D'une surface de 380 m2, elle est constituée d'une dalle en béton fibré, très fine et étanche, « qui évoque une dentelle », note l'architecte. Dans un souci d'unité, le même matériau a été utilisé pour recouvrir le nouveau bâtiment de régulation destiné au personnel des réseaux TBC et Trans'Gironde, implanté au sud de la gare. Cette « dentelle de béton » habillera également les tunnels d'entrée et de sortie des parkings souterrains. W