Le soleil fait de l'ombre aux céréales

Orianne Dupont

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Les projets de panneaux photovoltaïques fleurissent dans les champs du Sud-Ouest.
Les projets de panneaux photovoltaïques fleurissent dans les champs du Sud-Ouest. — P. SAURA / 20 MINUTES

Des panneaux photovoltaïques poussent au milieu des champs. « Ce qui compte, c'est que les agriculteurs aient un revenu et qu'ils continuent à produire des aliments. L'agriculture doit conserver sa vocation, il faut continuer à nourrir les gens. » Frank Ballester, le directeur de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (Fdsea), exprime des réticences face à la multiplication des projets de panneaux photovoltaïques sur les surfaces agricoles ou forestières. Depuis quelque temps, les propriétaires sont sollicités et, face à la baisse des cours, la location d'une parcelle est tentante.

A Saint-Symphorien, dans le Sud Gironde, un propriétaire s'est laissé tenter. Il a loué 73 hectares à une entreprise pour 1 500 à 3 000 euros par hectare et par an, durant vingt-deux ans. « Aucune commune mesure avec les gains d'une récolte, ça paye la retraite », reconnaît-il, tout en précisant qu'il continue de cultiver son maïs sur un autre terrain. « Depuis 1993, les prix des céréales ont été matraqués, beaucoup de gens arrêtent de produire. Ce n'est pas de terrains qu'on risque de manquer, mais de gens pour les cultiver », ironise-t-il, pour répondre à ceux qui se méfient des champs photovoltaïques. La FDSEA souhaiterait d'ailleurs qu'un chapitre soit consacré à la production énergétique dans la loi sur la modernisation agricole. Pour l'heure, elle échappe à toute règle.

L'inquiétude est plus forte encore chez les propriétaires forestiers, qui disposent d'espaces bien défrichés depuis la tempête. « Il y a une multitude de projets et d'opérateurs, reconnaît Eric Dumontet, secrétaire général adjoint du syndicat des sylviculteurs du Sud-Ouest. Je comprends que les propriétaires souhaitent se diversifier, mais le syndicat soutient une économie forestière forte afin de maintenir la production et les emplois. » Pour le propriétaire symphoriennais, il faut décomplexer la location de parcelles aux producteurs d'énergie : « C'est un effet de mode, ça va passer, il faut en profiter car ça génère de l'"oxygène"...» Selon lui, les projets photovoltaïques régionaux ne devraient pas dépasser les 5 000 hectares. En Gironde, six cents seraient déjà dans les cartons. W