Les yeux rivés sur les palombes

Marion Guillot

— 

L'adolescente, paloumayre  et fan du footballeur Marouane Chamakh, habite chez ses parentsà Cocumont (Lot-et-Garonne).
L'adolescente, paloumayre et fan du footballeur Marouane Chamakh, habite chez ses parentsà Cocumont (Lot-et-Garonne). — P. SAURA / 20 MINUTES

Les posters des Girondins de Bordeaux tapissent les murs de sa chambre. « C'est plutôt l'univers des garçons, reconnaît-elle, mais je suis trop fan ! » Comme beaucoup de filles de 16 ans, Gaëlle Reglat avoue avoir un faible pour Marouane Chamakh. Mais pas de chance, à chaque fois qu'elle est allée au Haillan assister aux entraînements, le joueur a négligé la séance de dédicaces.

Gaëlle avait pourtant patienté des heures, à l'affût, comme dans sa palombière. Là aussi, il arrive que l'attente s'éternise : « Des fois, on reste trois ou quatre jours sans rien voir et puis le lendemain, elles arrivent par centaines », raconte-t-elle. C'est la loterie. Malgré l'aspect aléatoire de l'exercice, la jeune fille adore rester immobile à guetter les oiseaux à travers les mailles d'un filet, tapie en haut de sa « gueyte » (cabane de guet). « Même au lycée, ça m'arrive de regarder par la fenêtre, au cas où un vol passerait. »

Dans la famille Reglat, la chasse à la palombe est une tradition qui se perpétue de génération en génération. « On ne chasse pas trop au fusil, mais surtout au filet », souligne-t-elle. Initiée par son grand-père, qui possède une palombière à Uzeste, la jeune fille a appris très tôt les ficelles du métier.

Premières qualités d'un bon paloumayre (chasseur de palombes) : « La patience et la discrétion. » Ensuite, c'est un jeu d'adresse. Une fois que les oiseaux approchent, il faut manier les appeaux : des palombes vivantes attachées à un support mobile, relié à un câble. En actionnant les câbles, les oiseaux sont déséquilibrés et ils battent des ailes. « Les palombes ont l'instinct grégaire et elles cherchent toujours à se rapprocher de leurs congénères », précise le père de Gaëlle, tout aussi mordu de chasse.

Tout l'art consiste alors à guider les oiseaux sauvages vers la clairière où sont disposés les filets, en déplaçant les appeaux le plus discrètement possible et à couvert, dans un tunnel végétal. « Le bruit des ailes de l'appeau les attire », précise Gaëlle. Certains chasseurs imitent même le chant des palombes. Ils « roucoulent » jusqu'à ce que les oiseaux se posent au bon endroit. Une fois piégés au filet, ils finiront dans des cages.

« On en tue quelques-unes pour les manger, en salmi ou en rôti, mais la plupart serviront d'appeaux l'année suivante », explique Gaëlle. Le coup d'envoi de la saison sera donné demain. Jusqu'au 20 novembre, la famille passera tous ses week-ends et ses vacances à la palombière. Il faudra se réveiller tôt, car la journée de chasse démarre au lever du soleil. « Mes amis ne comprennent pas que je me lève encore plus tôt que pour aller au lycée, s'amuse la jeune fille.Mais chez nous, la palombe, c'est génétique ! » W