Esclavage moderne dans les vignes girondines

JUSTICE Une quinzaine d'exploitants agricoles ont comparu lundi devant le tribunal correctionnel pour travail dissimulé...

Marion Guillot

— 

Tous avaient fait appel à la société Agriganda, enregistrée en Espagne, qui leur avait fourni de la main-d'oeuvre entre janvier et mars 2003. Lundi après-midi, une quinzaine d'exploitants agricoles, pour la plupart viticulteurs, comparaissaient devant le tribunal correctionnel de Bordeaux pour travail dissimulé.

Les travailleurs saisonniers concernés étaient en grande majorité des Marocains de la région de Casablanca. La société mise en cause leur avait promis «un bon travail, logé, nourri et bien payé, rapporte Abdelatif Azirar, l'un des six Marocains s'étant constitué partie civile. Mais une fois sur place, c'était tout le contraire.»

80 euros de loyer pour une étable

Le créateur de la société Agriganda, un Belge du nom de Van Lierde - principal prévenu, mais absent à l'audience -, fournissait effectivement un hébergement à Mongauzy, près de La Réole. La description lue par le président du tribunal, Denis Coué, est sans équivoque: «Une ancienne étable à bovins, équipée d'une gazinière alimentée par une bouteille de propane, ce qui est interdit dans une habitation, leurs vêtements accrochés à une corde fixée au mur, et pas de chauffage.» Les vingt-deux salariés devaient néanmoins s'acquitter d'un loyer de 80 euros par mois, pour un salaire horaire net de 5,49 euros. Quand ils le touchaient.

«M. Van Lierde nous donnait seulement des acomptes de 50 euros pour qu'on s'achète à manger», raconte un autre travailleur. Les employeurs affirment, pour leur part, qu'ils ignoraient ce qui se tramait en coulisses. «On connaissait M. Van Lierde, il avait travaillé comme saisonnier dans une exploitation voisine de très bonne réputation, et il nous inspirait confiance», a expliqué lundi une viticultrice ayant fait appel à ses services.

Les prévenus, à qui les jugent ont reproché à demi-mots de ne pas avoir été plus méfiants à l'égard de cette soi-disant société espagnole, ont tous déploré la difficulté de trouver de la main-d'oeuvre agricole. Le procureur a requis des peines de prison de trois à six mois avec sursis. Le principal prévenu, Van Lierde, pourrait, quant à lui, écoper de trois ans de prison, dont deux avec sursis. La décision a été mise en délibéré au 12 octobre.