« Les juges se sont obstinés »

Recueilli par Orianne Dupont

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Les organisateurs de l'exposition « Présumés innocents », présentée en 2000 au musée d'art contemporain de Bordeaux, viennent d'être renvoyés devant le tribunal correctionnel. L'association de protection de l'enfance La Mouette avait porté plainte, notamment pour « diffusion d'image de mineur à caractère pornographique ».

Comment réagissez-vous à ce renvoi en correctionnelle ?

Stéphanie Moisdon-Tremblay : C'est un immense scandale et une honte pour la France. Je ne sais pas pour quelle raison obscure les juges se sont obstinés, malgré l'avis du parquet et l'absence totale de charges dans le dossier. On se ridiculise. C'est une aventure sinistre qui ressemble aux pires époques.

Les oeuvres de l'exposition ont-elles posé des problèmes ailleurs ?

Elles ont circulé dans les plus grands musées et collections du monde. Même les Américains, qui ont pourtant une petite tendance au puritanisme, sont stupéfaits. C'est un problème qui dépasse les enjeux de l'art contemporain. Voulons-nous d'une société entièrement sécuritaire qui méprise sa culture et la liberté d'expression ?

Quand vous avez organisé l'exposition, aviez-vous imaginé en arriver là ?

Non, encore aujourd'hui, je ne réalise pas. Les oeuvres ne relèvent en rien de la pornographie, c'est le regard porté sur elles qui est pornographique et malsain. On voit que les oeuvres ne sont pas considérées comme des productions de la pensée, mais comme des images que l'on peut trouver sur Internet.

Cette histoire a-t-elle eu des conséquences sur votre parcours ?

Il n'y a pas un jour où je n'y pense pas et tous les professionnels de l'art m'ont consultée à ce sujet. Je suis devenue une experte de la censure ! Pour me prémunir, j'ai même été amenée à interdire aux moins de 18 ans des photos de David Hamilton. La situation est grotesque. W