De nouveaux remèdes contre la fièvre du jeu

Orianne Dupont

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Au casino Barrière de Bordeaux-lac, certains joueurs avouent ne pas réussir à s'arrêter.
Au casino Barrière de Bordeaux-lac, certains joueurs avouent ne pas réussir à s'arrêter. — P. SAURA / 20 MINUTES

A l'heure où certains terminent leur café, d'autres, pièces en main,

s'installent devant une machine à sous. Un plaisir qui peut vite virer à l'addiction. Le casino Barrière de Bordeaux-lac tente de limiter ce risque depuis dix ans. Lundi, cette prévention a pris une nouvelle tournure avec le principe de « jeu responsable ». « On a mis un site en ligne (lire encadré), on propose au joueur une limitation volontaire d'accès durant trois mois renouvelables, explique Laurent Balmier, le directeur général du casino. Le client peut s'accorder quelques entrées seulement par semaine ou par mois, et on aiguille ceux qui le souhaitent vers des professionnels de santé. »

Encore faut-il détecter la dépendance. La fréquence, la durée du temps de jeu, l'attitude des personnes face à la machine mettent sur la voie. « On arrive à les faire parler sans trop leur poser de questions », assure Corinne De Smet, membre du comité de direction. Mais derrière la lutte contre l'addiction pointe la volonté de fidéliser : « Le but est d'entretenir nos clients pour qu'ils soient encore là dans dix ans ; il ne s'agit pas de les ruiner en un mois, nous souhaitons qu'ils s'autorégulent », précise le directeur. Le principe ne choque pas le professeur Marc Auriacombe, responsable du pôle addictologie à Charles-Perrens et au CHU. « Tout ce qui limite les risques est favorable et les casinos sont les mieux placés pour détecter les comportements suspects. » Le traitement de cette pathologie, qui doit durer en moyenne cinq ans sans accès aux jeux, concerne cependant « une minorité de joueurs ». Mais la limite peut facilement être franchie et cette addiction engendre « un risque accru de dépression et de suicide », souligne le professeur. Régine, la soixantaine, est une habituée du casino. Elle reconnaît que rien ne l'incite à partir et elle n'arrive pas toujours à s'imposer une somme à ne pas dépasser. « Je viens pour m'évader et je suis parfois en colère contre moi quand je pars sans gagner », avoue-t-elle. Joueuse depuis sept ans, elle ne doute pourtant pas de sa capacité à arrêter. Même sentiment pour Joël, qui préfère ne pas aller aux tables. « Trop risqué », juge-t-il. Il vient trois fois par semaine et dit pouvoir partir quand il gagne, même s'il reconnaît qu'il perd de l'argent et qu'il n'avoue pas toujours à sa femme ses visites au casino. W