Bordeaux : Un chantier hors norme démarre pour restaurer la flèche Saint-Michel

PATRIMOINE La restauration de la flèche de la basilique Saint-Michel, fermée en raison de fragilités structurelles, va démarrer cet été et se poursuivra jusqu’en 2025

Mickaël Bosredon
— 
La flèche Saint-Michel à Bordeaux
La flèche Saint-Michel à Bordeaux — Thomas Sanson/Mairie de Bordeaux
  • Les travaux préparatoires à la réalisation d’une structure métallique, qui viendra supporter un échafaudage sur la flèche Saint-Michel, vont démarrer.
  • Ce gigantesque échafaudage autostable culminera à 114 mètres de haut, pour permettre la réparation des fissures et le remplacement de plusieurs pierres.
  • Le montant des travaux s’élève à presque onze millions d’euros.

Même si la première partie des travaux, jusqu’à la fin de l’été, ne sera pas très spectaculaire, c’est bien un chantier hors norme qui démarre ces jours-ci autour de la flèche Saint-Michel, à Bordeaux, haute de 114 m. Suite aux effritements qui tombaient de la flèche, le monument historique avait été fermé au public en novembre 2021, et un périmètre de sécurité établi. Avec des conséquences pour la circulation des riverains, et l'organisation du marché organisé sur la place au pied de la tour.

« Nous allons maintenant entrer dans la phase opérationnelle, qui va consister à réaliser les fondations de l’échafaudage » explique Olivier Cazaux, maire-ajoint du quartier Bordeaux sud. Ces fondations n’interviendront qu’après l’acheminement des premiers matériaux et la réalisation d'une première base de vie pour les ouvriers, en juillet et août. Quelque 48 micropieux seront coulés dans le sol jusqu’à vingt mètres de profondeur, pour soutenir une structure métallique hors norme de 450 tonnes, qui va elle-même supporter un échafaudage de 250 tonnes.

Une structure autostable

« La technique des micropieux est d’ordinaire utilisée pour des bâtiments neufs, jamais pour des structures provisoires, souligne Virginie Zudas, de la direction des bâtiments à Bordeaux Métropole. Mais pour des questions de prise au vent, et parce que la flèche n’est pas suffisamment résistante pour que l’on y appuie un échafaudage traditionnel, il a été décidé d’édifier une structure à part entière et autostable, composée d’une partie métallique venant surélever un échafaudage. »

Travaux au pied de la flèche Saint-Michel à Bordeaux
Travaux au pied de la flèche Saint-Michel à Bordeaux - Thomas Sanson/Mairie de Bordeaux

Le montage de cette gigantesque structure va prendre du temps. Après la réalisation des micropieux, la construction de l’édifice métallique qui grimpera jusqu’à 63 mètres de hauteur, ne démarrera que le 17 octobre, et durera trois mois. Ensuite viendra la réalisation de l’échafaudage, qui viendra sur cette structure et culminera à 114 mètres de haut, à partir du mois de janvier 2023 et jusqu’à fin mai, début juin 2023.

Une base de vie à 63 m de hauteur

Deux plateformes seront par ailleurs réalisées, l’une à 47 m de haut, l’autre à 63 m, cette dernière accueillant une base de vie avec bureaux, sanitaires et réfectoire, pour éviter aux maçons et autres tailleurs de pierre qui interviendront d’effectuer des allers-retours. Un ascenseur et un monte-charge accompagneront par ailleurs l’escalier permettant d’atteindre le sommet de la tour. « Nous aurons des travaux en deux temps, poursuit Virginie Zudas, puisque nous interviendrons d’abord sur la partie haute entre 114 m et 63 m, puis sur la deuxième partie entre 63 m et 47 m. »

L’objectif des travaux sera de « retirer les éléments métalliques oxydés, remplacer les joints en ciment par des joints en mortier de chaux, changer les pierres cassées et remailler l’ensemble des fissures » détaille Patrick Della-Libera, chargé du patrimoine monumental et mobilier à la ville de Bordeaux. La croix de 2,5 tonnes située au sommet de la tour sera aussi démontée.

Des fissures qui s’ouvrent « de manière régulière et irrémédiable »

Les premières fissures sur l’édifice ont été repérées il y a plus de vingt ans, en 2000, suite à la tempête de 1999, rappelle Patrick Della-Libera. « Depuis, nous surveillons l’édifice, et nous constatons que ces fissures s’ouvrent de manière régulière et irrémédiable. »

La tour, qui comporte douze faces, est aujourd’hui fissurée sur six d’entre elles. « Et il s’avère que la flèche se déforme, essentiellement quand il y a des contraintes thermiques » poursuit le chargé du patrimoine. Ainsi, lors de l’épisode caniculaire des 17 et 18 juin derniers, « les jauges électroniques placées sur la tour ont affolé tout le monde car l’élargissement des fissures dépassait les seuils critiques qui avaient été fixés ».

Troisième flèche la plus haute d’Europe

Troisième flèche la plus haute en Europe, après Strasbourg et Cologne, la tour Saint-Michel est un bâtiment classé. C’est pourquoi les travaux ont dû être soumis à une autorisation de la Drac (Direction régionale des affaires culturelles). Ils doivent prendre fin en 2025.

Le montant de ces travaux s’élève en tout à presque onze millions d’euros. Et, pour se rendre compte de l’ampleur que représente cette phase préparatoire, il faut mesurer que ce qui concerne uniquement la structure métallique, l’échafaudage et la protection de la place autour de la flèche, va se chiffrer à cinq millions d’euros, soit près de la moitié du budget.