Nouvelle Aquitaine : Un fort potentiel de développement existe pour le gaz vert

ENERGIE La Région vise une autonomie sur le gaz vert en 2050, en boostant l’installation d’unités de méthanisation

Elsa Provenzano
Illustration de méthaniseurs, qui accélèrent et entretiennent le processus pour produire un gaz combustible avec des déchets organiques,notamment du biogaz.
Illustration de méthaniseurs, qui accélèrent et entretiennent le processus pour produire un gaz combustible avec des déchets organiques,notamment du biogaz. — SICCOLI PATRICK/SIPA
  • On approche les 3 % de consommation de gaz vert en Nouvelle-Aquitaine contre un peu moins de 2 % au niveau national.
  • En tant que première région agricole de France le potentiel est important et l’autonomie est jugée atteignable en 2050.
  • Certains secteurs comme les Landes ou le Béarn sont particulièrement en avance dans la production de ce gaz vert, en Nouvelle-Aquitaine.

« Depuis deux ans, on a un méthaniseur individuel en cogénération, il produit de l’électricité qu’on revend à EDF et de la chaleur, dont on se sert pour chauffer les porcheries », explique Thomas Lafargue, président de la SAS métha-Peyroulet à Samadet, dans les Landes, qui élève 11.000 cochons à l’année. C’est le département de Nouvelle-Aquitaine le plus avancé avec une production de gaz vert (issu de la méthanisation) qui couvre plus de 13 % de sa consommation.

Sur l’exploitation landaise, le méthaniseur tourne en continu, alimenté par le lisier des cochons, des déchets de coopérative et des végétaux appelés cive (culture intermédiaire à vocation énergétique). « La rentabilité est essentiellement basée sur la vente d’électricité et l’économie de chauffage grâce à la méthanisation, c’est un bonus », estime Thomas Lafargue. Une fois méthanisé (dégradé par l’action de bactéries), le lisier est transformé en digestat, que l’éleveur épand sur ses champs de maïs. Cet agriculteur est victime de l’inflation des matières premières pour le nourrissage de ses cochons et, dans ce contexte, il apprécie particulièrement cette diversification de ses revenus.

« Des gisements très importants »

On approche les 3 % de consommation de gaz vert en Nouvelle-Aquitaine contre un peu moins de 2 % au niveau national. Et la région n’a pas l’intention de perdre son avance. « On a une belle dynamique et une belle ambition régionale, avec 30 % de gaz verts dans les tuyaux en 2030, alors que la loi en impose 10 % », estime Arnaud Bousquet, directeur régional Nouvelle-Aquitaine de GRDF.

Avec son statut de première région agricole, la Nouvelle-Aquitaine aurait les moyens de ses ambitions. Elle vise même 100 % de gaz vert d’ici 2050, un chiffre jugé crédible par le directeur régional de GRDF. « Elle dispose de gisements très importants pour couvrir largement ses propres besoins », estime-t-il. Pour ce qui est de l’importation vers d’autres régions, il reste plus prudent, rappelant qu’il reste du chemin à parcourir.

« Nous, nous construisons des canalisations qui vont permettre à ces acteurs (de la méthanisation) d’injecter, dès lors que les conditions techno-économiques seront considérées comme d’intérêt général (on est encadrés par la commission de régulation d’énergie). » La plupart des sites préfèrent injecter directement dans le réseau plutôt que de produire leur électricité, qui est une solution plus complexe techniquement.

« La crise du gaz russe et la volonté de se rendre moins dépendant pousse à aller plus loin et plus vite », glisse Arnaud Bousquet. Au niveau national, 17 % de la consommation de gaz en France vient de Russie. Pour atteindre le 100 % de gaz vert, il précise qu’il ne faudra pas se contenter de la méthanisation des effluents d’élevage et de résidus de culture mais aller vers la pyrogazéification (à partir des déchets du bois) et la méthanation, qui transforme l’hydrogène en méthane de synthèse.

Le rythme dans la région va sans doute un peu ralentir, du fait de la petite baisse du tarif de rachat d’électricité mais de belles perspectives locales se dessinent comme dans le Béarn qui pourrait atteindre 25 % de production de gaz vert dès 2025.