Bordeaux : Un exosquelette à tester dans le tram pour se mettre à la place d’une personne âgée

LE POIDS DES ANNEES Jusqu’au 15 avril, un partenariat entre Kéolis et l’entreprise Resanté-vous permet de tester un simulateur de vieillesse, dans une rame du tram bordelais

Elsa Provenzano
Laure, 24 ans, a testé le simulateur de vieillesse dans une rame du tram bordelais.
Laure, 24 ans, a testé le simulateur de vieillesse dans une rame du tram bordelais. — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Un dispositif de simulation de limitations motrices et sensorielles liées au vieillissement est proposé par l’entreprise Resanté-vous sur le réseau de tram bordelais jusqu’au 15 avril.
  • L’objectif est de sensibiliser les voyageurs aux effets du vieillissement pour qu’ils réservent le meilleur accueil possible aux plus âgés dans les rames.
  • L’entreprise, implantée à Poitiers, propose notamment de la formation auprès des structures accueillant des personnes âgées.

« Je peux trop aller en soirée comme ça », plaisante Laure, 24 ans, en essayant ce mercredi, dans une rame du tram A, le simulateur de vieillesse de l’entreprise Resanté-vous, qui a noué un partenariat avec Kéolis pour une opération sur le réseau bordelais jusqu’au 15 avril. La société, implantée à Poitiers, propose des formations auprès des EPHAD et des services d’aide à domicile de la région Nouvelle-Aquitaine dans le but d' « amener de la prévention sur la perte d’autonomie des personnes âgées et sensibiliser les personnes en contact avec elles, c’est-à-dire tout le monde », pointe Guy Le Charpentier, cofondateur de Resanté-vous.

Des limitations motrices et sensorielles

Lucie Cebedio, psychomotricienne et Corentin Gellie, enseignant en activité physique adaptée, enserrent les jambes de Laure dans des bandes munies de tiges en métal qui apportent une rigidité inconfortable et fixent une sangle au niveau des cervicales pour limiter la mobilité de sa colonne vertébrale, ce qui l’oblige à marcher voûtée. Un casque qui diminue ses capacités auditives et des lunettes simulant des pathologies visuelles fréquentes avec le vieillissement (DMLA, glaucome, cataracte) viennent compléter l’équipement.

Elle est invitée à se déplacer dans la rame et la jeune femme s’exécute d’un pas mal assuré. Résultat : elle a une petite suée. « Tu as chaud parce que tu dépenses plus d’énergie à marcher en étant davantage contractée pour ne pas tomber, lui explique Guy Charpentier. Quand on a un réservoir énergétique plus faible comme une personne âgée, cela ne se traduit pas forcément par un coup de chaud mais c’est plus éprouvant. » « Il faut me laisser une place assise maintenant », blague Laure. Et le but de l’opération c’est justement que tous les voyageurs prêtent davantage attention aux personnes âgées, qui peuvent être particulièrement mal à l’aise dans leurs déplacements en transports en commun.

Sensibiliser les plus jeunes

Le public des adolescents, intrigué par l’exosquelette, est particulièrement réceptif à l’opération. « On a eu pas mal de collégiens et de lycéens, raconte Lucie Cebedio. Au départ ils rigolent et ils se filment mais à partir du moment où ils testent leur comportement change. » C’est un public particulièrement visé par la société Resanté-vous. « Plus on le sensibilise tôt au fait que les personnes âgées ne font pas exprès d’aller plus lentement, par exemple, mais que c’est la conséquence de troubles moteurs et sensoriels, explique son cofondateur, plus on peut lui faire comprendre que si on veut aller plus vite, autant les aider et essayer de se rendre utiles au lieu de râler. »

« On ne part pas d’un constat particulier d’incivilités, pointe Benjamin Grelaud, chargé d’action commerciale chez Kéolis. Ce qui nous intéresse, c’est de mettre en parallèle l’obligation légale d’avoir des places prioritaires, des poteaux tactiles, des quais à niveau etc. avec des initiatives pour que chaque voyage soit un peu plus confortable pour les personnes les plus fragiles. »

Lucie Cebedio et Corentin Gellie ont testé eux-mêmes le dispositif et pratiquent leur activité auprès des personnes âgées à la lumière de cette expérience. « Après avoir ressenti toutes ces limitations visuelles, auditives et motrices, on comprend qu’il est par exemple difficile de leur demander de se dépêcher », pointe Corentin Gellie. « On adapte encore plus le rythme et le volume des activités quand on a vécu cette simulation » ajoute Lucie Cebedio. La société Resanté-vous espère que, de la même façon, les voyageurs auront été incités à l’empathie vis-à-vis des voyageurs les plus âgés.