Bordeaux : Le vignoble en suspens après de grosses gelées trois nuits consécutives

COUP DUR Depuis la nuit de samedi à dimanche, des températures négatives ont mis à mal les bourgeons des vignes bordelaises

Elsa Provenzano
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Les six cépages phares du Bordelais — 20 Minutes
  • Un épisode de gel a sévi en France, touchant notamment le vignoble bordelais avec des pointes à près de -7 degrés.
  • Il est encore trop tôt pour faire un bilan mais les pertes pourraient avoisiner celles de 2021, même si la végétation était moins avancée que l’an dernier.
  • Les viticulteurs ont été plus nombreux à s’équiper en dispositifs antigel mais cela reste des investissements trop coûteux pour les plus petites propriétés.

« Il a fait plus froid que ce qu'on craignait mais la végétation était moins avancée que l’année dernière, résume Christophe Chateau, directeur de la communication du conseil interprofessionnel des vins de Bordeaux (CIVB). Beaucoup de parcelles ont néanmoins été touchées et on pourrait se rapprocher du niveau de pertes de l'an dernier​ ». Depuis samedi, trois nuits de gelées consécutives ont frappé le vignoble (notamment le Médoc, le Libournais, les Graves, le Sud-Gironde, le Sauternais, l’Entre-deux-mers et le Saint-émilionnais) avec jusqu’à -6,8 degrés à certains endroits.

Deux sœurs, Valérie et Christelle Gonthier, à la tête du Chateau du Haut Lerm depuis plus de 20 ans, situé entre les terroirs de Saint-Emilion et des Graves, près de Sauveterre de Guyenne, s’attendent à perdre entre 10 à 30 % de leur récolte après des pointes à -3 degrés. L’an dernier, les pertes se sont élevées à 40 % sur leur domaine de 13 hectares. « Fortes de l’expérience des gels de 2017 et 2021, on avait mis en place des mesures pour limiter la casse : on a arrêté le travail du sol dès que le froid est arrivé, pour y garder la chaleur, et on a taillé très tard les plants qui avaient déjà gelé les années précédentes », raconte Valérie Gonthier, qui assure que leurs précautions ont permis de sauver pas mal de bourgeons.

Certains bourgeons pourraient repartir

« La végétation était moins avancée que l’an dernier, constate Philippe Abadie, directeur du Pôle Entreprises à la chambre d’agriculture de la Gironde. La vigne avait commencé à débourrer (ouvrir ses bourgeons) mais pas de façon généralisée ». Les sœurs Gonthier espèrent qu’une fois le choc thermique passé, la sève puisse repartir et que les bourgeons puissent tout de même porter des fruits. « Pour les bourgeons touchés superficiellement, la vigne devrait repartir, estime la chambre d’agriculture de la Gironde. Mais pour ceux touchés au cœur, c’est la récolte qui est compromise. Pour l’instant, on ne peut pas les distinguer. » D’où l’attente pour dresser le bilan complet des intempéries.

« C’est grave parce que c’est trop fréquent, analyse Christophe Chateau. Quand on avait un gel tous les 20 ans ou tous les dix ans, les viticulteurs faisaient le dos rond et arrivaient à retomber sur leurs pattes, là si c’est tous les trois ans ou tous les ans (gel en 2017 et 2021) cela ne va pas être tenable économiquement ». Davantage de viticulteurs s’étaient équipés en dispositifs antigel par rapport à l’an dernier mais cela reste des investissements trop lourds pour les plus petites propriétés et l’efficacité peut aussi être discutée à partir de certaines températures.

« Notre assurance à nous c’est un peu notre stock au chai », commente Valérie Gonthier, qui n’avait pas installé de dispositif particulier pour lutter contre le gel. Et les assurances, qui s’appuient sur la moyenne des cinq dernières récoltes deviennent moins intéressantes si les aléas climatiques se répètent trop souvent car la base de remboursement est alors très faible.

Les pertes précises seront connues en décembre, lors des déclarations de récolte des vignerons.