Nouvelle-Aquitaine : « Un gel d’hiver au printemps » a ravagé les vergers, en particulier de prunes et kiwis

CALAMITE Les vergers de pruneaux d’Agen semblent les plus touchés, après deux nuits de gel intense, pendant lesquelles le thermomètre est passé en dessous de -4 °C

Elsa Provenzano
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  • Pendant deux nuits consécutives, des épisodes de gel ont abîmé les vergers de Nouvelle-Aquitaine.
  • Les pruniculteurs et producteurs de kiwis font partie des arboriculteurs les plus touchés selon le premier bilan tiré à l’issue des gelées.
  • Une nouvelle nuit de gel est annoncée dans la nuit de lundi à mardi.

« On a essayé de faire de la fumée entre 2 h et 8 h du matin, dans la nuit de samedi à dimanche, dans les vergers de pruniers mais cela a été beaucoup de travail pour un résultat qui n’est pas bon », raconte avec amertume José Pérez arboriculteur au Temple-sur-Lot, en Lot-et-Garonne. Avec des pointes à -6 °C, comme en 2021 qui avait été une année noire ​pour les producteurs de pruneaux d’Agen, 80 à 90 % de sa future récolte a gelé.

S’il est encore un peu tôt pour faire un bilan complet, alors même qu’une nouvelle nuit de gel est annoncée de lundi à mardi, on sait déjà que les producteurs de pruneaux d’Agen et de kiwis sont très touchés tandis que le bilan est plus contrasté pour les viticulteurs et pomiculteurs.


Double peine pour le pruneau

« C’est une catastrophe, le gel qui a eu lieu de samedi à dimanche a été particulièrement dévastateur », commente Rosalinde Jaarsma, secrétaire générale du bureau interprofessionnel du pruneau d’Agen, qui représente 900 producteurs dont 80 % sont installés dans le Lot-et-Garonne. Le gel a été d’autant plus ravageur que la météo douce des dernières semaines avait accéléré le développement des pruniers. Elle annonce d’ores et déjà au moins 70 % de pertes. « Si on fait 20.000 tonnes, ce sera un grand maximum », lâche-t-elle.

Alors que l’an dernier, les arboriculteurs avaient un peu de stock en pruneaux d’Agen ce ne sera pas le cas cette année. Et, l’augmentation du prix du gaz vient encore compliquer la vie de ces professionnels puisque les fruits sont séchés au gaz. « C’est un des premiers postes de dépenses pour la production de pruneaux », pointe Rosalinde Jaarsma. Le plus rageant reste qu’il y avait « un très beau potentiel de récolte cette année », Rémy Muller, conseiller en arboriculture à la chambre d’agriculture du département du Lot-et-Garonne, qui aurait même pu faire oublier 2021.

« Moins de casse que l’an dernier sur les kiwis »

« Quand vous avez un centimètre de gel sur vos bourgeons, ça gèle, c’est comme ça », souffle José Pérez, qui cultive des pruneaux d’Agen mais aussi des pommes et des kiwis. Sur ces derniers, il a un système d’aspersion mais qui ne lui a pas permis de sauver toute sa récolte, installée sur 4,5 hectares. « Le poids de la glace a cassé les pousses », témoigne-t-il.

Au-delà de -4 °C, il estime que les dispositifs antigel sont inefficaces. « Quand le gel commence à 23 h et dure jusqu’à 7h 30, cela ne peut pas bien se passer, c’est un gel d’hiver au printemps et pas un gel de printemps qui dure de 4 h à 8 h du matin environ », estime l’arboriculteur. Il espère sauver ses variétés de pommes les plus tardives mais a déjà fait une croix sur les Pink Lady, qui étaient en fleurs… « Deux ans sans récolte je ne sais pas comment on va faire », s’inquiète-t-il.


Dans le Limousin, le gel a été un peu moins intense que prévu sur les vergers de pommiers. S’il est sûr qu’il y aura des dégâts, les 180 producteurs de l’AOP pommes du Limousin manquent de visibilité car toutes les fleurs n’ont pas dégelé.

Les arboriculteurs vont rester sur le pied de guerre pour sauver ce qui peut encore l’être pour cette dernière nuit de gelée, même si en Lot-et-Garonne, les prévisions tablent sur des maximales de -2 °C.