Gironde : « Loin de moi l’idée de gêner quiconque… » avance le député Benoit Simian, poursuivi pour harcèlement contre son épouse

JUSTICE Une peine de dix-huit mois d’emprisonnement assortie d’un sursis probatoire de trois ans, a été requise jeudi contre le député Benoit Simian, poursuivi pour harcèlement contre son épouse

Mickaël Bosredon
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Le député Benoit Simian, au tribunal judiciaire de Bordeaux, le 24 mars 2022
Le député Benoit Simian, au tribunal judiciaire de Bordeaux, le 24 mars 2022 — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • Le député de la Gironde Benoit Simian comparaissait jeudi devant le tribunal correctionnel pour des faits de harcèlement à l'encontre de son épouse dans le cadre d'une procédure de divorce houleuse.
  • Elle avait déposé de multiples plaintes pour des dégradations, violations de domicile, à l'été 2020.
  • A l'audience, Benoit Simian a cherché à se présenter en victime.

Il aura fallu plus de cinq heures de débat, jeudi, pour énumérer tous les agissements reprochés à Benoit Simian. Une peine de dix-huit mois d’emprisonnement assortie d’un sursis probatoire de trois ans, a été requise contre le député Libertés et Territoires (ex-LREM) de la cinquième circonscription de la Gironde, qui comparaissait à Bordeaux pour harcèlement envers son épouse dans le cadre d’une procédure de divorce houleuse.

La vice-procureure de la République Rachel Bray a également demandé trois ans d’inéligibilité, ainsi qu’une interdiction d’entrer en contact avec la victime et de paraître à son domicile. 

Téléphone grave danger

Benoit Simian, 38 ans, est poursuivi pour harcèlement moral par conjoint, pour des faits qui auraient été commis du 1er juillet au 19 novembre 2020 à Ludon-Médoc (Gironde). « Il y a eu de multiples plaintes [de son épouse] à compter de l’été 2020, pour dégradations, violations de domicile, vols… De multiples interventions des forces de l’ordre », a rappelé la vice-procureure.

A tel point qu'à partir du 3 août 2020, une ordonnance de protection est prise, qui fait interdiction à Benoit Simian de paraître au domicile, « en toutes ses dispositions et dépendances ». La femme de Benoit Simian est également équipée par la justice d’un «téléphone grave danger» à partir du 10 septembre. Le parquet décide par ailleurs de regrouper les faits pour les qualifier de « harcèlement ».

« Il a décidé de lui pourrir la vie non-stop »

Pour Benoit Simian, toute l’affaire repose sur une dépendance installée au fond du jardin de la propriété du couple, qu’il a transformée en bureau parlementaire, même s’il possède une permanence un peu plus loin, à Lesparre-Médoc. « Ma circonscription fait 130 km, j’ai fait ce bureau pour me faciliter un peu la vie, et celle de mes collaborateurs, justifie-t-il. S’il n’y a pas ce bureau, il n’y a pas d’affaire », a-t-il soutenu tout le long des débats. Mais pourquoi continuer de s’y rendre à l’été 2020, alors que depuis le 12 mai, une ordonnance du juge aux affaires familiales attribue la jouissance exclusive du logement à son épouse ?

Benoit Simian explique qu’il y a une entrée indépendante pour ce bureau, que c’est une adresse fiscale différente. Et en tant que « juriste » il s’est renseigné, on lui a dit qu'il pouvait s’y installer. Son épouse a une autre interprétation : « Le local, ça lui permettait de garder un pied dans la maison, pour me surveiller. Il voulait récupérer la maison. » La vice-procureure va dans le même sens : « M.Simian n’accepte pas que madame ait la jouissance de ce bien, et à partir de là il a décidé de lui pourrir la vie non-stop. Commence alors son omniprésence : il va rôder, troubler. » « Un enfer », résume son épouse.

Une quarantaine de faits consignés

Une quarantaine de faits sont consignés entre le 1er juillet et le 19 novembre 2020. Le 1er juillet, Benoit Simian se rend sur place accompagné d’un serrurier et d’un huissier. « C’était pour me faire ouvrir mon bureau, où je n’avais pas remis les pieds depuis le 12 mai, parce que j’avais peur », soutient-il. Il a lui-même porté plainte contre son épouse pour violence, après avoir reçu un coup à l’épaule lors d’une altercation, dit-il.

Le 20 juillet, il gare sa voiture devant la maison, gênant l’entrée devant le portail. « Toutes les places du parking étaient occupées, donc je me suis garé devant, loin de moi l’idée de gêner quiconque. J'allais boire l'apéro chez le voisin, on aime ça dans le Médoc. » Puis il vient tailler la haie du jardin, dispose de la rubalise devant le domicile. « La haie, je l’ai entretenue, mais je ne suis pas rentré dans la propriété. Et je l’ai fait à la cisaille, pas à la tronçonneuse, pour ne pas gêner, il n’y avait aucune intention de ma part de harceler. » Ou encore cette fois où il est vu en train d’uriner contre la haie. « A l’extérieur », précise-t-il. « J’arrivais du 64, je venais de faire trois heures de route… »

Baignade dans la piscine

Un autre jour, il inscrit « Député » au feutre sur la boîte aux lettres. Puis il gare une seconde fois sa voiture devant le portail, empêchant son épouse de sortir. Au jour le plus chaud de l'été, il serait même passé par la chatière pour aller se baigner dans la piscine, avant de commencer à vider celle-ci… « Vous me voyez passer par la chatière ? » Il est en tout cas vu dans la propriété ce jour-là. La présidente Marie-Élisabeth Boulnois lui montre des images de la vidéosurveillance, où on l'aperçoit près du local de la piscine. Il bafouille, dit que c’était un autre jour…

En revanche, il admet pour la boîte aux lettres. « Je reconnais que je me suis un peu énervé, mais c’était parce que ma boîte parlementaire avait disparu, justifie-t-il. Je m’en excuse. »

« Les gendarmes, ils venaient prendre le café dans le bureau »

Benoit Simian a envie de parler. Trop parfois. « Les gendarmes, ils venaient prendre le café dans le bureau », lance-t-il à deux reprises. « Ce n’est pas la question », s’agace la présidente, qui lui intime plusieurs fois : « Ne m’interrompez pas tout le temps. » Son avocat est aussi obligé de le couper. « C’est rare d’avoir un client plus bavard que son conseil », s’impatiente-t-il.

Il se présente en « bon citoyen, bon père de famille, et de bonne foi ». Il s'offusque aussi. « Je suis extrêmement surpris d’être accusé comme ça de tous les maux. » Il va jusqu’à se dire « sidéré qu’un téléphone grave danger soit donné [à sa femme] dans ces circonstances, alors que je suis moi-même menacé ». Il aurait été poursuivi en voiture, le domicile de sa mère aurait été tagué. « Je ne sais pas qui, le plus, aurait dû avoir ce téléphone. »

« Se farcir un député, c’est tellement facile »

Appelée à la barre, son épouse, discrète durant les débats, fond en larmes. Elle dit « rêver devant ces explications imaginaires », se demande si elle n’est pas « devant un film d’une mauvaise série. » « Je ne sais pas de quoi il parle. » L'expertise psychologique fait état concernant Benoit Simian d'un « profil manipulateur ayant tendance à se victimiser. » « C'est très grave ce qui est dit, un divorce ce n'est jamais facile », s'insurge-t-il.

Et puis, il y a sa fonction de député, qu’il voudrait effacer, mais qu’il convoque sans cesse dans les débats. « Je suis un homme public, tout est prétexte à instrumentaliser ceci ou cela » ; « se farcir un député, c’est tellement facile. » Il glisse avoir « été très surpris » de la date de sa convocation à l’audience, « à quelques semaines d’une élection », même s’il ne veut pas dire s’il se représentera ou pas aux législatives des 12 et 19 juin.

« Un dossier de bric et de broc »

Dans son réquisitoire, la vice-procureure souligne que « pris isolément, ces actes, ce n’est peut-être pas grand-chose. » Mais elle estime que « ces multiples agissements prennent une tout autre coloration et peuvent avoir un impact dès lors qu’ils s’inscrivent dans un contexte particulier, qu’il y a une répétition, une volonté de nuire, alors on peut les appeler du harcèlement. » C’est le cas dans cette affaire, dit-elle.

« Un dossier de bric et de broc », balaie d’un revers de manche l'avocat de Benoit Simian, Olivier Couleau, qui estime que cette affaire ne devrait pas être débattue en correctionnelle, mais devant le juge aux affaires familiales. Il fustige notamment « l’imprécision » des faits rapportés. « Quand je regarde le nombre de fois où on prouve que Benoit Simian est là, physiquement, j’arrive à huit jours de présence avérée. » Ghalima Blal-Zenasni, l'avocate de son épouse, s'étrangle. « Il a passé l'été avec elle », avait-elle relevé durant sa plaidoirie, pendant laquelle elle a aussi dénoncé le sentiment « de toute-puissance » du prévenu.

Le délibéré a été fixé au 23 juin. Soit après les législatives.