Bordeaux : Contre le harcèlement de rue, « le bar est aussi un lieu refuge », lance un gérant engagé

SECURITE Le dispositif national « Demandez Angela » se décline dans les bars et les transports de la capitale girondine

Elsa Provenzano
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Certains commerçants de Saint-Michel participent au dispositif
Certains commerçants de Saint-Michel participent au dispositif — UGO AMEZ/SIPA
  • La ville a lancé un dispositif de vigilance collective auquel une vingtaine de restos et de bars sont associés pour abriter des victimes de harcèlement de rue en cas de besoin.
  • Des bornes d’appel d’urgence sont aussi installées à titre expérimental dans dix rames de tram et sur deux stations du centre-ville.
  • Cette déclinaison locale du dispositif « demandez Angela » a vocation à s’étendre dans tous les quartiers de la ville, puisque aucun n’est épargné par le phénomène de harcèlement de rue.

Pousser la porte du bar le plus proche pour échapper à des insultes, des interpellations malveillantes ou des comportements déplacés, c’est l’idée du dispositif national « Demandez Angela » dont  la déclinaison bordelaise prend forme. « L’objectif est bien de lutter contre le  harcèlement d’opportunité, on ne va pas résoudre le problème des agressions dans la rue », clarifie d’emblée Julian Lopez, gérant des bars Quartier Libre et Les Marquises dans le quartier Saint-Michel de Bordeaux.

Un gros autocollant rose indiquant « Demandez Angela » orne la vitrine de ses établissements et de celles d’une grosse vingtaine de bars et restos participants à l’opération lancée dans le cadre du Conseil Local Sécurité et Prévention de la Délinquance (CLSPD). Initiée cet été, elle se déploie dans les établissements volontaires et, ces jours-ci, sur le réseau de transports TBM avec l’installation de bornes d’appel d’urgence dans dix rames de tram et sur deux stations, à la Victoire et à Porte de Bourgogne. 135 personnes ont été formées sur cette thématique parmi les équipes de TBM. Le harcèlement de rue peut intervenir dans tous les quartiers et pas seulement dans ceux où le « cadre de vie social apparaît dégradé », avertit  Amine Smihi, adjoint au maire en charge de la tranquillité publique et de la sécurité, plaidant pour une « vigilance collective. »

« Mettre à l’abri »

« On veut que les gens se disent qu’un bar est aussi un lieu refuge, ce n’est pas que pour faire la fête », poursuit Julian Lopez. Bien sûr, certains professionnels ont déjà spontanément prêté main-forte à une personne en difficulté mais l’idée est de travailler en réseau et de mieux communiquer auprès du public. Près de 80 personnes travaillant dans les établissements ont été formées pour accompagner les victimes. « Il s’agit de les mettre à l’abri, le temps d’alerter les autorités, précise l’adjoint à la tranquillité publique. Les premiers établissements volontaires sont à la Victoire, aux Bassins à flot, à Saint-Michel et cela s’élargit de plus en plus ». La direction départementale de la sécurité publique, la police nationale et la préfecture sont associées à ce dispositif. « On n’est pas obligés de rentrer chez soi en ayant peur, ce n’est pas une fatalité », résume Julian Lopez.

La ville travaille avec des associations étudiantes pour reproduire ce dispositif de veille des commerçants dans les lieux les plus fréquentés par les étudiants. Une réflexion est aussi engagée pour sécuriser les employées de la rue Sainte-Catherine lorsqu’elles quittent leurs boutiques en fin de journée. Un éclairage supplémentaire dans les rues adjacentes aux établissements de nuit, aux horaires de fermeture, est aussi envisagé pour contribuer à un climat plus sécurisant pour les noctambules.