Bordeaux : 4.000 logements remis sur le marché grâce à la réglementation « Airbnb »

IMMOBILIER Pour la fédération des agents immobiliers (FNAIM), les dispositifs d’encadrement ont permis d’éviter que « la situation ne s’aggrave »

Elsa Provenzano
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En quatre ans, 4000 logements, auparavant loués sur des plateformes de location saisonnière, sont revenus sur le marché de la location classique.
En quatre ans, 4000 logements, auparavant loués sur des plateformes de location saisonnière, sont revenus sur le marché de la location classique. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Depuis 2018, 4.000 logements sont revenus sur le marché de la location classique grâce aux dispositifs de régulation des plateformes de location saisonnière.
  • La fédération des agents immobiliers de la Gironde (FNAIM) estime que l’effet n’est pas massif mais qu’il faut continuer en ce sens.
  • L’idée n’est pas d’interdire toutes les locations de type Airbnb mais d’en encadrer la pratique pour que ni le marché de la location classique ni les hôteliers n’en pâtissent.

Les allées et venues des valises à roulettes de loueurs Airbnb vont-elles être un peu moins fréquentes sur les pavés bordelais ? « Il y a quelque temps à Bordeaux des immeubles entiers étaient achetés par des investisseurs pour faire du Airbnb à des prix plus importants que le marché parce que la rentabilité est meilleure, commente Frédéric Lesvigne, président de la chambre syndicale de Gironde des agents   immobiliers Fnaim. Et cela déséquilbre le marché, y compris celui de la transaction ». Grâce à plusieurs dispositifs dont le premier a été engagé par la précédente majorité en 2018, la mairie estime aujourd’hui que 4.000  logements ont été remis sur le marché de la location classique. « Cela a été lissé sur quatre ans et on ne peut pas parler d’un séisme par rapport à la quantité de logements mis en location mais cela a évité que la situation ne s’aggrave, cela va dans le bon sens », convient Frédéric Lesvigne.

Décourager les nouveaux candidats

Dès 2018, la ville avait mis en place un nouveau règlement qui fixait à 120 le nombre de jours maximum pendant lesquels on pouvait louer sa résidence principale. La contrepartie pour excéder ce nombre de jours est de créer un logement de même taille dans le même quartier. Autant dire que c’est extrêmement dissuasif pour les propriétaires. « C’est presque toujours impossible, estime Stéphane Pfeiffer, adjoint en charge du logement. Et si techniquement c’est réalisable, il n’y a de toute façon plus d’intérêt financier pour l’investisseur. »

Ce dispositif a eu un effet dissuasif mais il ne concernait pas les nouveaux inscrits. La crise sanitaire, en diminuant le nombre de touristes, « a eu un effet accélérateur », estime l’adjoint au logement. Les loueurs ont pour certains remis leur logement dans le circuit de la location classique. Entre 2018 et 2020, seuls 1.500 logements ont été remis sur le marché et 2.500 pendant les deux années suivantes, marquées par l’épidémie de Covid-19.

Un numéro d’enregistrement unique

Depuis 2021, l’Etat, les plateformes et la ville ont signé une convention d’engagement qui oblige les plateformes à délivrer un numéro d’enregistrement unique aux loueurs, ce qui permet de compter chaque nuitée. « Avant le logement pouvait être loué 115 jours sur Airbnb mais aussi 115 jours sur Abritel et 115 autres jours sur booking par exemple, explique Stéphane Pfeiffer. Avec ce numéro unique, on est capable de tracer la mise en location du logement, quelle que soit la plateforme. »

Si la convention compte sur la bonne volonté des plateformes, la mairie dit ne pas leur faire « une confiance aveugle ». Des agents contrôlent de façon aléatoire que les numéros soient bien visibles sur les sites et en quatre années, une centaine de dossiers ont fait l’objet d’un procès-verbal d’infraction sur Bordeaux. « Mais elles ont intérêt à jouer le jeu car elles ont pâti d’une mauvaise image, qu’elles ont bâtie elles-mêmes, et le risque c’est que les règlements deviennent plus stricts. »

« L’objectif ce n’est pas d’interdire à un étudiant de mettre sa chambre sur Airbnb un week-end par mois mais que ce ne soit pas une offre concurrentielle à l’offre hôtelière et que cela n’enlève pas de logements à la location classique », rappelle Stéphane Pfeiffer. « Ce n’est pas abusif si cela reste un revenu occasionnel, abonde Frédéric Lesvigne. 120 jours, cela fait quatre mois dans l’année, ce n’est déjà pas mal. »