Bordeaux : La mairie et la préfecture s’opposent sur le nombre de sans-abri recensés

SOLIDARITE Selon les premiers résultats de la Nuit de la solidarité, organisée le 20 janvier, 858 personnes requièrent une mise à l’abri urgente à Bordeaux

E.P.
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Dans la nuit du 20 au 21 janvier, une grande opération de recensement des personnes à la rue a été menée.
Dans la nuit du 20 au 21 janvier, une grande opération de recensement des personnes à la rue a été menée. — UGO AMEZ/SIPA
  • La ville de Bordeaux a organisé jeudi soir une opération de recensement des personnes sans-abri avec des volontaires et des agents.
  • Selon elle, « 858 personnes qui requièrent une mise à l’abri urgente ». La préfecture estime que ce chiffre recouvre des réalités différentes (campements de Roms, squats) et rappelle que la nuit du comptage il n’y a pas eu de sollicitation du 115 pour de l’hébergement d’urgence.

Jeudi 20 janvier au soir, 450 bénévoles et 165 agents de la ville, de la métropole et du CCAS ont sillonné les rues de Bordeaux pour compter  les personnes sans-abri. « Les chiffres sont variés en fonction des acteurs et on a aucune vision d’ensemble », expliquait Harmonie Lecerf, adjointe au maire chargée de l’accès aux droits et des solidarités lors de  la présentation du dispositif. Les estimations oscillaient entre plusieurs centaines à moins de 2.000.

Selon les premiers résultats de l’opération dont les données qualitatives sur les profils des personnes vont être analysées plus en avant par un comité scientifique dans les prochaines semaines, 561 personnes ont été recensées dans les rues et les campements de la ville. « Ces personnes viennent s’ajouter aux 287 hommes, femmes et enfants actuellement à l’abri dans des squats, dont le recensement a été effectué par les services municipaux et métropolitains en parallèle de la Nuit de la solidarité. Ce sont ainsi au moins 848 personnes qui requièrent une mise à l’abri urgente à Bordeaux », explique la mairie dans un communiqué. Elle y rappelle, en visant les services de l’Etat que « l’hébergement d’urgence est quant à lui un droit fondamental et inconditionnel. »

Un « amalgame des situations » pour la préfète

Elle explique aussi que 43 familles (près de 100 personnes) sont hébergées au sein de son patrimoine municipal, et qu’elle met en place des structures dédiées à l’accueil des sans-abri, comme l’hiver dernier à Gouffrand, cet hiver aux Chartrons, avec la Fondation Abbé-Pierre et Aquitanis, et dans les semaines qui viennent avec la création d’hébergements modulaires.

La préfète Fabienne Buccio n’a pas tardé à réagir aux conclusions de cette opération dans un communiqué, vendredi soir : « La réalité des appels au 115 la nuit dernière [jeudi] dément formellement ce chiffre. Aucun appel n’a été recensé pour une demande d’hébergement d’urgence alors que des places étaient disponibles. » Elle estime que le recensement prend en compte des personnes à la rue mais aussi des campements de Roms et des personnes en squat. « L’amalgame des situations enlève toute crédibilité à cette action, fustige-t-elle. Le nombre de personnes en situation d’urgence à la rue n’est pas connu. C’était pourtant l’intérêt de l’opération. »