Le mimil, loup roux bien connu des Bordelais, quitte la rue pour une exposition surprenante

STREET ART David Selor, street artiste bordelais, réalise sa première grande exposition institutionnelle jusqu’au 27 mars à l’institut culturel Bernard Magrez

Elsa Provenzano
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David Selor pose devant l'une des peintures réalisées pour l'exposition
David Selor pose devant l'une des peintures réalisées pour l'exposition — E.Provenzano / 20 Minutes
  • L’exposition « Fragile » du street artiste David Selor est ouverte jusqu’au 27 mars à l’institut culturel Bernard Magrez de Bordeaux.
  • Le créateur du personnage de mimil, un loup roux bien connu des Bordelais, réserve une surprise aux visiteurs de l’exposition.
  • David Selor aimerait peindre une façade du centre pour ancrer mimil dans le patrimoine bordelais.

Vous avez forcément aperçu son museau roux au coin d’une rue bordelaise, souvent sur des portes condamnées de bâtiments voués à la destruction. Le street artiste David Selor, qui a créé ce personnage en 2013 lors d’un service civique au contact de personnes autistes à Lisbonne, a entendu toutes sortes de spéculations au sujet de sa création. S’agirait-il d’un chien, d’un loup, d’un goupil, d’une girafe ou d’une fourmi ?

Pour y couper court, il indique que c’est mimil, « du nom de l’espèce », précise-t-il. Une vingtaine de toiles mettant en scène ce personnage composent l'exposition « Fragile », à  l'institut Bernard Magrez de Bordeaux jusqu’au 27 mars. La première grande exposition institutionnelle de l’artiste, graffeur depuis 2007, davantage habitué à peindre dans la rue.

Mimil est une espèce à part entière créée par David Selor.
Mimil est une espèce à part entière créée par David Selor. - E.Provenzano / 20 Minutes

« Pas un puriste »

Son personnage mimil, mi-humain mi-animal à la mine songeuse, lui est apparu « d’un seul trait » et met en avant le côté instinctif de l’Homme. Souvent accompagné d’une formule bien sentie, le mimil est devenu la signature de David Selor. « C’est un des artistes les mieux identifiés dans la ville, estime Aurélien Desailloud, directeur artistique et culturel à l’Institut Bernard Magrez. Ses aphorismes, jeux de mots et phrases poétiques marquent le paysage urbain. » L’artiste explique qu’il veut aller vers moins de textes à l’avenir afin de « faire parler plus les images ».

Dans la rue, il travaille en 15 minutes pour éviter d’être interrompu par la police, même si les endroits qu’il choisit suscitent le plus souvent une tolérance de la part des autorités. Les toiles exposées à l’institut ont demandé un investissement beaucoup plus important, parfois plusieurs semaines. « Je ne me sens pas puriste, ce n’est pas parce que je fais un travail dans la rue qu’il doit y rester, explique-t-il. Pour moi, je suis peintre avant tout, que ce soit sur des murs ou des tableaux. Je reste un travailleur de couleurs et de matières. » Le nom de l’exposition, « Fragile », fait écho au caractère éphémère des œuvres dont le support peut-être enlevé ou détruit.

Les fleurs coupées ont une place importante dans l'exposition
Les fleurs coupées ont une place importante dans l'exposition - E.Provenzano / 20 Minutes

Inscrire mimil dans le patrimoine bordelais

L’Institut Bernard Magrez a donné carte blanche à David Selor, qui réserve plusieurs surprises au public, comme une évolution de son mimil et une reproduction grandeur nature de son atelier. « C’est une petite consécration, ou plutôt un nouveau départ, cette exposition à l’institut. Je me dis que j’ai déjà avancé, commente l’artiste. Le prochain cap, ce sera de peindre de grosses façades à Bordeaux. » Comme beaucoup de street artistes bordelais, il rêve de pouvoir orner un grand pan de mur bien placé dans Bordeaux centre. « Le berceau du Mimil est à Bordeaux, même s’il y en a un peu partout dans les pays limitrophes, et j’aimerais l’inscrire dans le patrimoine bordelais », plaide David Selor. Il a réalisé récemment des fresques pour la municipalité de Bruges et une peinture à Bruxelles sur une façade de huit mètres de haut.

Le mimil est déjà un succès commercial puisque ses toiles s’arrachent. « Je vends toutes mes œuvres, se réjouit David Selor. J’ai cette chance-là, ça marche super bien. J’ai par exemple vendu la série qui était prévue à l’Institut en 2020 et repoussée à cause du Covid. » Il a dû travailler intensément pendant deux mois pour esquisser d’autres mimil à exposer. Depuis quatre ans, il vit de son art et il y a fort à parier que son exposition à l’institut ne fera que redoubler la notoriété de son énigmatique mimil.