Bordeaux : La « rage » du maire de Lormont après les incidents du 31 décembre dans sa ville

VIOLENCES Mortiers d’artifice, voitures brûlées, commerces pillés… La ville de Lormont dans la banlieue de Bordeaux a connu une nuit de la Saint-Sylvestre très chaude, à laquelle le maire de la ville attend que des réponses soient apportées

Mickaël Bosredon
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La ville de Lormont, dans la banlieue de Bordeaux
La ville de Lormont, dans la banlieue de Bordeaux — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • La ville de Lormont a annoncé avoir déposé une plainte globale considérant que son image et son patrimoine ont été touchés, après une nuit de violence le soir du 31 décembre.
  • Pourtant, cette soirée de la Saint-Sylvestre avait été préparée par les acteurs de la sécurité publique, avec notamment la saisie en amont de 2.500 feux d’artifice.
  • La sous-préfète Delphine Balsa annonce qu’une des solutions passera par le développement de la vidéosurveillance.

Deux semaines après une soirée du 31 décembre qualifiée de « nuit sombre » par le maire Jean Touzeau (PS), Lormont, ville de 24.000 habitants dans la banlieue de  Bordeaux, panse ses plaies. Des dizaines de  mortiers d'artifice avaient été tirés toute la soirée, alors que dix-sept voitures étaient brûlées, et des commerces pillés. « On est en train de chiffrer tout cela » indique l’édile, qui précise avoir déposé une plainte globale au nom de la ville, « considérant que c’est la commune - son image, son patrimoine – qui a été touchée dans son ensemble. »



A l’issue d’une réunion du CLSPD (Conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance) qui s’est tenu vendredi soir, Jean Touzeau a fait part de sa « rage » après ces violences qu’il peine encore à expliquer, alors que la ville réalise « des efforts au quotidien sur l’éducation, la citoyenneté, la culture. » « Les habitants, qui ont eu très peur cette nuit-là, ne comprennent pas pourquoi malgré toutes nos actions il s’est passé cela le 31 décembre. »

Pas de « zones de non-droit à Lormont »

La plupart de ces violences a éclaté dans des recoins du quartier Génicart et dans le secteur de Carriet, où des commerces ont été pillés. « Des jeunes cagoulés ont commencé par mettre le feu à un véhicule au milieu de la route, et ont attendu les pompiers pour les agresser » indique le commissaire Nicolas Pérez, chef de la division est de la police. A coups de mortier notamment. « Face à des mortiers, notre intervention est très compliquée, poursuit le commissaire, car l’objectif est d’éviter que des policiers soient blessés, mais éviter aussi des blessés graves de l’autre côté par l’usage de nos armes, tout en assurant la sécurité des pompiers. »

Pour gérer au mieux la situation, des moyens conséquents ont été déployés sur le terrain, avec l’arrivée vers une heure du matin d’un escadron de gendarmerie, venu prêter main-forte aux policiers de la CDI (Compagnie départementale d’intervention) et aux policiers municipaux. « Au fil de la nuit le calme est revenu, mais il a fallu du temps, car Génicart est composé de plusieurs quartiers » poursuit le commissaire qui assure qu’il n’y a pas de « zones de non-droit à Lormont » et que ces faits de violence sont « le résultat d’une poignée de personnes. »

Le maire « choqué par des applaudissements aux fenêtres »

« J’étais sur le terrain, indique quant à lui le maire Jean Touzeau, on a vu à l’œuvre ce soir-là des adolescents, voire des enfants, certainement pilotés par des adultes, et dans un état second en raison de l’usage de stupéfiants et de gaz hilarant. J’ai vu aussi une passivité de la part de certains adultes qui m’interroge, voire des applaudissements aux fenêtres lorsque des enfants réalisaient des incendies de poubelles, qui me choquent. Et ce qui est grave c’est que tout cela était prémédité. Aujourd’hui, je demande que justice passe, et que les auteurs soient sanctionnés, qu’ils paient la facture. » A ce jour, une personne a été interpellée, la nuit même de ces violences.

Pourtant, comme l’a rappelé la sous-préfète Delphine Balsa, « tous les acteurs de la sécurité s’étaient préparés à cette soirée du 31 décembre, avec l’ensemble des maires de la métropole. » Le commissaire Nicolas Pérez, précise que « 2.500 feux d’artifice avaient été saisis » quelques jours auparavant, « en deux opérations menées dans des caves et des parties communes de Génicart, ce qui a évité un embrasement encore plus conséquent de la ville de Lormont. »

« On ne baisse pas les bras »

Pour le maire de Lormont, ces événements sont « le bon moment pour ramener la tranquillité publique à travers une réponse collective. » « L’idée est que ce soit la dernière fois, prévient Delphine Balsa, on va donc s’adapter » en développant notamment la vidéoprotection. « On peut financer l’installation de caméras et d’un centre de supervision urbaine, c’est dissuasif » annonce la représentante de l'Etat.

Jean Touzeau pointe plus globalement « le poids des trafics qui se développent trop » dans les quartiers de la métropole. « Il faut éviter que les réseaux, notamment de stupéfiants, dont les moyens financiers fragilisent l’action publique, ne prennent des proportions plus importantes », prévient l’élu socialiste. « On ne baisse pas les bras, bien au contraire », assure-t-il.