Inondations dans le Sud-Ouest : Pourquoi le site Vigicrues est-il montré du doigt par des élus en Gironde ?

METEO Le maire de La Réole, dans le sud-Gironde, peste contre le site Vigicrues qui a annoncé une montée de la Garonne à 10,60 mètres, quand celle-ci s’est arrêtée à 8,43 mètres

Mickaël Bosredon
— 
Inondation à La Réole (Gironde) en 2020
Inondation à La Réole (Gironde) en 2020 — E.Provenzano / 20 Minutes
  • Le pic de la crue de la Garonne, annoncé mercredi par Vigicrues, a eu lieu ce jeudi matin.
  • Vigicrues admet une erreur humaine dans ses prévisions, doublée d’un bug technique, mais le maire de La Réole ne décolère pas et demande que l’on consulte davantage les élus de terrain lors de ces épisodes de montée des eaux.
  • Le site de surveillance estime de son côté que le système fonctionne d’ordinaire correctement, mais reconnaît qu’avec la multiplication des crues ces dernières années, l'outil devra être amélioré.

Le pic de la crue de la Garonne en  Gironde a été atteint jeudi matin à La Réole, à 8,43 mètres. « Depuis jeudi 8 heures, son niveau baisse, et d’ici à 18 heures elle sera entièrement revenue dans son lit » annonce le maire de La Réole  Bruno Marty (PS).


On est donc loin des 10,60 mètres annoncés mardi par le site Vigicrues. Une erreur d’appréciation qui fait aujourd’hui bondir l’élu. « Cette annonce a créé un vent de panique et beaucoup ont évacué, transféré des meubles dans les étages… Nous, on voyait bien sur le terrain, et en particulier au regard de la situation à Tonneins (Lot-et-Garonne), que ce n’était pas possible » fulmine Bruno Marty.

Erreur humaine et bug technique

Une crue à 10,60 mètres aurait en effet créé d'immenses dégâts, et certainement nécessité l'évacuation de nombreux foyers. Pierre-Paul Gabrielli, responsable au service des risques naturels et hydrauliques de la Dreal (Direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement) qui chapeaute Vigicrues, reconnaît l’erreur. « Nous réalisons au minimum deux bulletins quotidiens, à 10 h et 16 h, explique-t-il. Mardi matin, peut-être sous l’effet de la fatigue, car les agents sont très mobilisés depuis plusieurs jours en raison de la situation dans les Pyrénées-Atlantiques, les Landes, Les Hautes-Pyrénées et le Gers, il y a eu une erreur humaine, d’abord sur la hauteur, puisqu’au lieu d’afficher 8,70 m on a affiché entre 10 m et 10,60 m, puis sur la temporalité, puisqu’au lieu d’annoncer que le pic devait intervenir jeudi matin, il était indiqué mercredi. »

Ce n’est pas tout. « Nous nous sommes rapidement aperçus de notre erreur, mais l’actualisation ne s’est pas faite, à cause d’un bug du serveur, poursuit Pierre-Paul Gabrielli. Si bien que la correction n’est apparue qu’au bulletin de 16 h. » Entre-temps, « les téléphones ont flambé, assure Bruno Marty, même si j’ai d’emblée rassuré mes administrés en disant qu’il s’agissait sans doute d’une erreur. » « On comprend la colère des maires qui se sont retrouvés interpellés » glisse le responsable de la Dreal.

« Ce sont les maires qui ont dû gérer le vent de panique »

Le maire de La Réole admet de son côté que « l’erreur est humaine. » « On peut se tromper, mais il serait tout de même temps de solliciter les maires lors de ces épisodes de crue, car là nous n’avons même pas été tenus au courant, alors que nous sommes sur le terrain, et que l’on connaît le fonctionnement du fleuve. La Garonne monte rarement de plus de 20 cm par heure, on a le temps de discuter, et de valider ou pas des prévisions. Là, ça a été balancé sur le site, et derrière ce sont les maires qui ont dû gérer le vent de panique. »

Bruno Marty rappelle par ailleurs que « Vigicrues s’était déjà trompé en 2019, en faisant une annonce à 10,40 m alors qu’on était arrivé à 8,90 m, et en 2021 c’était l’inverse, ils avaient largement sous-estimé l’épisode de crue, alors que j’avais alerté sur le danger. »

Les phénomènes de crues « vont devenir de plus en plus récurrents »

La Dreal rappelle que ces prévisions sont élaborées « avec des données de précipitation de Météo France, et des calculs de propagation des débits que l’on transforme en hauteur. » Pierre-Paul Gabrielli évoque « la malchance » pour cet épisode, mais assure que « d’une manière générale le système fonctionne. » « Nous réalisons des prévisions sept jours sur sept, 365 jours par an, et dans la grande majorité des cas nos prévisions sont bonnes, alors même que, malheureusement, il y a de plus en plus d’épisodes de crue. »

Vigicrues se retrouve ainsi de plus en plus exposé. « Depuis trois ans, nous avons chaque hiver une crue, voire deux ou trois, alors que statistiquement on a une chance sur dix par an d’en subir, analyse Yann Lacaze, chef du service Vigicrues pour la Gironde, l’Adour et la Dordogne. On peut imaginer que nous sommes donc dans la tendance annoncée par le Giec d’un renforcement des phénomènes extrêmes, même si pour le moment nous ne sommes que dans un temps court. »

Concrètement, « cela débouche sur une exigence accrue de la part des utilisateurs, ce qui est normal, poursuit Yann Lacaze, et nous travaillons à développer de nouveaux outils, avec de l’intelligence artificielle, pour anticiper davantage ces phénomènes qui, on le craint, vont devenir de plus en plus récurrents. Il faut aussi que l’on se prépare à des événements que l’on n’a pas encore connus. Nous ne sommes pas à l’abri de rencontrer un événement prochain qui dépasse tout ce que l’on a enregistré.  A Tartas dans les Landes, nous avons connu l’hiver dernier la plus forte crue enregistrée depuis 1852. »

Début du nettoyage de la ville

En attendant l’amélioration des systèmes, la Dreal reconnaît qu’elle « doit progresser en termes de communication ». « Et nous restons évidemment à l’écoute des élus, ajoute Yann Lacaze, notamment pour avoir des retours de terrain sur les conséquences des événements. C’est précieux pour intégrer ces éléments dans les modélisations et les cartographies qui peuvent servir ultérieurement à la gestion de crise. »

De son côté, le maire de La Réole a mobilisé jeudi une vingtaine d’agents et des élus, pour commencer le nettoyage des quais de la ville et de l’intérieur des maisons. Car à 8,43 m, la Garonne va quand même laisser des traces avant de lentement se retirer.