Bordeaux : « Nuit de la solidarité », « sécurité sociale alimentaire » et « budget genré », les nouvelles initiatives du maire Pierre Hurmic

POLITIQUE Depuis la salle des fêtes du Grand Parc, le maire de Bordeaux Pierre Hurmic a effectué une série d’annonces sur le thème de la solidarité pour 2022

Mickaël Bosredon
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Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic
Le maire de Bordeaux Pierre Hurmic — Mickaël Bosredon/20Minutes
  • La ville de Bordeaux va procéder le 20 janvier au recensement des personnes sans abri au cours d’une « Nuit de la solidarité ».
  • Pierre Hurmic veut aussi expérimenter en 2022 une « sécurité sociale alimentaire » et une « mutuelle solidaire » pour les plus démunis.
  • La municipalité va également travailler à mettre en œuvre un « budget genré », pour mieux équilibrer les activités des associations subventionnées.

Bousculer (un peu) la traditionnelle cérémonie des vœux. Loin des salons dorés de l’hôtel de ville de Bordeaux, Pierre Hurmic a pris la parole cette année depuis la salle des fêtes du quartier du Grand Parc, ce mardi. Sur le fond, le maire de Bordeaux a consacré sa conférence de presse de rentrée aux thématiques de la  solidarité et de la culture, loin des sujets liés aux  mobilités, au logement ou à l’urbanisme d’ordinaire évoqués à cette occasion.

« Bordeaux a le devoir d’être une ville pleinement solidaire pour l’accès de chacun à ses droits fondamentaux : le droit d’être à l’abri, de se nourrir, d’être propre et d’être soigné » a lancé Pierre Hurmic. La première réalisation concrète sur ce thème aura lieu dès le 20 janvier, lors de la « nuit de la solidarité ».

« Essayer de faire venir les sans-abri dans le jour »

Cette initiative a pour but de procéder avec l’Insee et à l’aide de volontaires, au recensement des personnes sans abri, « pour affiner leurs besoins afin de définir des politiques solidaires adaptées à notre territoire. » « Nous voulons mieux connaître et répertorier ceux qui dorment dans la rue la nuit à Bordeaux », a précisé Pierre Hurmic, ajoutant que ceux-ci ne font l’objet « d’aucune statistique ni d’aucune étude sérieuse. » « Personne n’y voit clair [sur ce sujet], car ce sont des personnes qui sont dans la nuit, nous, on va essayer de les faire venir dans le jour. On veut les entendre, les écouter. »

« On sait ce qu’il se passe sur le terrain du sans-abrisme, a précisé son adjointe chargée de l’accès aux droits et des solidarités, Harmonie Lecerf. En revanche, il n’existe aucun décompte total des personnes sans abri à Bordeaux. »

La municipalité avait calculé qu’il lui faudrait environ 300 bénévoles pour effectuer cette opération. « Nous avons reçu à ce jour 456 réponses positives de bénévoles » s’est félicité Pierre Hurmic. « Concrètement, ajoute son adjointe, nous formerons des petites équipes de cinq-six personnes qui, par groupes, vont quadriller l’ensemble de la ville. »

« On estime qu’à Bordeaux, 8.700 personnes n’auraient pas de mutuelle »

Le maire de Bordeaux a aussi annoncé le lancement d’une expérimentation de « sécurité sociale alimentaire. » « Chacun doit pouvoir avoir accès à une nourriture en quantité suffisante de qualité, locale et bio dans la mesure du possible, estime Harmonie Lecerf. Nous allons donc renforcer l’aide alimentaire dans ce sens sur le territoire. »

Dans le même esprit, une « mutuelle solidaire » sera également expérimentée. « Nous voulons offrir, via un achat groupé auprès de mutuelles, des contrats de mutuelles pour les personnes les plus démunies » explique l’adjointe. « On estime qu’à Bordeaux, 8.700 personnes n’auraient pas de mutuelle, notamment 13 % des personnes au chômage, mais il y en a même chez les salariés. »

Un « budget genré » pour s’assurer « d’une égale distribution de l’impôt »

Enfin, Pierre Hurmic a annoncé qu’un travail « sur un budget genré » va aussi être lancé en 2022, pour s’appliquer sur l’exercice budgétaire 2023. En clair, les associations subventionnées par la municipalité devront équilibrer leurs activités pour que celles-ci « soient profitables » autant aux femmes qu’aux hommes.

Contactée par 20 Minutes, la première adjointe aux finances Claudine Bichet précise qu’un « budget intégrant le genre, est un budget où on s’assure d’une égale distribution de l’impôt, car il n’y a pas de raison que l’impôt prélevé bénéficie plus fortement à une partie de la population qu’à une autre. » L’élue reconnaît cependant qu’il « peut y avoir des exceptions. » « On ne va pas arrêter de financer un club qui pratique un sport attirant essentiellement des garçons. En revanche, on peut travailler avec cet acteur pour qu’il ouvre autant que possible la pratique à un public plus féminin. »

« L’idée, conclut Claudine Bichet, c’est comment, progressivement, on emmène nos partenaires à intégrer cette question du genre dans l’ensemble des actions qu’ils mènent. Maintenant, il va déjà falloir mesurer d’où on part, et se donner une marge de progression dans le temps. »