Bordeaux : Les prénoms des victimes de féminicides collés sur le Monument aux Girondins par un collectif féministe

HOMMAGE L’équipe bordelaise a collé les 125 noms des victimes de féminicides recensées sur l’année 2021 dans la nuit de vendredi à samedi

Elsa Provenzano
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Le monument des Girondins a été recouvert de collages féministes dans la nuit de vendredi à samedi.
Le monument des Girondins a été recouvert de collages féministes dans la nuit de vendredi à samedi. — Collectif collages féministes Bordeaux
  • Le collectif des collages féministes Bordeaux a réalisé une action sur le monument aux Girondins dans la nuit de vendredi à samedi.
  • Les noms des 125 victimes de féminicides ont été collés sur l’édifice pour honorer leur mémoire.
  • Le collectif réalise des collages sauvages de slogans contre les violences sexistes et sexuelles depuis 2019, en choisissant des endroits très passants pour interpeller le public.

C’est la deuxième fois que le monument aux Girondins est choisi par le collectif des collages féministes Bordeaux, après le 8 mars dernier, pour y porter à la vue de tous les noms des victimes des   féminicides. Dans la nuit de vendredi à samedi, l’équipe bordelaise a collé les prénoms des 125 victimes de l’année 2021 « pour donner de la visibilité à ce terrible bilan », explique Mariette, militante au sein du collectif lancé en 2019 et qui défend les droits des minorités de  genre.

Le monument aux Girondins, érigé entre 1894 et 1902 en hommage aux députés Girondins tués pendant la Terreur, a été tapissé des prénoms de 114 victimes de féminicides par conjoint. Le collectif rappelle dans son communiqué qu’en France « une femme meurt tous les deux ou trois jours sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon ». Elles ont aussi tenu à afficher le nom des sept personnes transgenres et des quatre travailleuses du sexe qui ont été tuées en 2021. « Leur invisibilisation est encore plus marquée, même pour les trouver c’est difficile », pointe Mariette. Dans certains cas, il y a la mention anonyme, car il n’a pas été possible d’identifier la victime.

Lutter contre les violences sexistes et sexuelles

Quelque 400 personnes se sont enregistrées auprès du collectif et une centaine environ s’y investit activement, en réalisant des collages sauvages. Des femmes, des personnes trans et non binaires. Les membres du collectif ont l’habitude de se plier à des contrôles d’identité et de devoir décoller leurs slogans s’ils croisent la police. Certains groupes se sont déjà retrouvés en garde à vue.

Les slogans collés dans des endroits passants ont pour visée d’interpeller sur les violences sexistes et sexuelles, en rebondissant parfois sur l’actualité. « Nous refusons les slogans et propos transphobes, putophobes, racistes, homophobes, islamophobes et validistes » (présentant les personnes handicapées comme non valides), précise le communiqué.

Mariette est critique envers les actions des pouvoirs publics contre les violences sexistes et sexuelles. « Cette parole qui se libère, si elle n’est pas entendue, cela n’a aucun d’intérêt, estime-t-elle. C’est encore pire, c’est la double peine car c’est déjà difficile (de parler) et on va porter plainte pour que ce soit balayé d’un revers de main. C’est une fois que les personnes sont mortes qu’on se dit qu’on aurait pu faire quelque chose. »

Si le collectif est apolitique et se tient à l’écart de tout représentant politique ou parti, il porte des messages à portée politique comme « Stop à l’islamophobie », « très à propos cette année », pointe Mariette. « On va continuer à se battre pour faire tomber ce système patriarcal qui tue des gens tous les jours et qui invisibilise ces morts-là en plus », conclut-elle.