Bordeaux : Une école pour confronter les ingénieurs de l’aéronautique et du spatial aux défis environnementaux

FORMATION Elisa Aerospace accueillera à terme plus de 600 élèves-ingénieurs dans son futur campus de Saint-Jean d’Illac près de Bordeaux (Gironde)

Mickaël Bosredon
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Image de synthèse du projet de campus d'Elisa Aerospace à Saint-Jean-d'Illac (Gironde)
Image de synthèse du projet de campus d'Elisa Aerospace à Saint-Jean-d'Illac (Gironde) — Elisa Aerospace
  • La région Nouvelle-Aquitaine accuse un déficit en matière de formation d’ingénieurs dans les domaines de l’aéronautique, du spatial et de la défense.
  • Pour y remédier, plusieurs projets sont en cours, comme le campus des métiers du transport du futur d’Elisa Aerospace à Saint-Jean d’Illac (Gironde).
  • Passionnés d’aviation ou de spatial, ces jeunes qui sont accueillis pour le moment dans des locaux provisoires, ont hâte de participer aux défis qui attendent ces filières ces prochaines années.

Un Lego de la  Station spatiale internationale en guise de première pierre. Dans le ciel, des  Rafale, tout droit sortis de l’usine Dassault toute proche, passent au-dessus du terrain. La pose de la première pierre du futur campus d’Elisa Aerospace, ce jeudi à Saint-Jean d’Illac (Gironde), près de  Bordeaux, nous a plongés directement dans l’ambiance.

Inauguration du Campus d'Elisa Aerospace à Saint-Jean-d'Illac (Gironde) le 6 janvier 2022.
Inauguration du Campus d'Elisa Aerospace à Saint-Jean-d'Illac (Gironde) le 6 janvier 2022. - Mickaël Bosredon/20Minutes

Ce projet de campus de plus de 25 millions d’euros, qui bénéficie d’une aide de 4 millions d’euros de la région, accueillera à partir de la rentrée prochaine plus de 600 étudiants, à terme, sur 5.600 m2. L’école, qui est aussi présente dans les Hauts-de-France, forme déjà à Saint-Jean d’Illac quelque 240 ingénieurs depuis 2018, mais dans des locaux provisoires.

Un déficit de formation d’ingénieurs dans les domaines de l’aéronautique et du spatial

« Le secteur de l’aéronautique, du spatial et de la défense représente plus de 50.000 emplois industriels en Nouvelle-Aquitaine, a rappelé Yann Guillou, représentant du BAAS (organisme qui fédère les grands établissements du secteur) au conseil d’administration d’Elisa Aerospace. Mais il y a depuis longtemps dans la région un déficit de formation d’ingénieurs dans ces domaines, alors que les perspectives, avec le développement   d’Ariane 6, les succès à l’export du Rafale, les projets d’avion vert  d’Airbus, confirment des besoins importants en matière d’ingénieurs. »

« Toutes ces industries vont devoir se réinventer en profondeur pour faire face au défi climatique, ajoute Alexander Gibb, président du conseil d’administration d’Elisa Aerospace : il faudra réinventer l’avion, les systèmes spatiaux pour surveiller la Terre… Et penser au recyclage des matériaux. »

Robots embarqués, satellites militaires ou systèmes de combat aérien

L’école propose une formation d’ingénieurs, et une formation de bachelor pour des techniciens experts. « Au niveau ingénieur, nous formons en cinq ans dans trois domaines très demandés par les industries, précise Chantal de Turckheim, fondatrice et directrice d’Elisa Aerospace : ingénierie des systèmes aéronautiques, ingénierie des missiles et systèmes spatiaux, et ingénierie des systèmes complexes coopératifs. »

« Nos jeunes peuvent ainsi être amenés à travailler sur les robots embarqués, sur les satellites militaires, sur les systèmes de combat aérien du futur (Scaf)… Nous formons aussi des profils de support aux pilotes et équipages en vol, qui demandent une énorme connaissance de tout ce qui compose un aéronef. »

Des passionnés d’aviation et de spatial

« Passionné d’avion depuis tout petit », Louis Rouzé, 21 ans, voulait être « pilote de chasse. » « N’ayant pas réussi les concours pour entrer dans l’armée, je tenais quand même à travailler dans le secteur de l’aérospatial, notamment dans la défense, c’est pourquoi j’ai intégré cette école. J’ai pris une option pour me spécialiser dans le spatial, mais j’ai eu des entretiens d’embauche pour aller dans le secteur de l’aéronautique également, donc ce n’est pas fermé. On doit apprendre à évoluer à l’intérieur de notre métier pour ne pas être dépassé par les événements, notamment environnementaux. Les profs nous en parlent beaucoup. »

Yann Bartomeus, 21 ans, est aussi un passionné d’aviation, et aimerait travailler « dans les matériaux composites » ou sur « l’avion à hydrogène, une filière d’avenir, même s’il y a des contraintes notamment en ce qui concerne l’espace de stockage ». « Moi, c’est l’espace qui me fait rêver depuis que je suis toute petite, explique quant à elle Perrine, 22 ans. Avec l’aspect environnemental et la question des lanceurs réutilisables, c’est passionnant de se dire que l’on va participer aux bouleversements à venir dans ce domaine du spatial, en tant que futurs ingénieurs. »

Le président de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset a rappelé de son côté les efforts entrepris pour rattraper le retard en matière de formation. « Nous avons doublé ces quinze dernières années le nombre d’ingénieurs formés dans la région, et en tout, ce sont quatre écoles d’ingénieurs qui vont se créer ces prochaines années » dans le vaste domaine des transports et de la mobilité de demain. La région s’est dotée parallèlement d’un think tank autour de l’espace,  Way4Space, tandis que  Sciences-Po Bordeaux a ouvert une chaire Défense et Aérospatial.