Bordeaux : Les anciens de la papeterie de Bègles ne s’avouent pas vaincus, même après la désignation d'un autre repreneur

INDUSTRIE Le groupe Global Hygiène a été retenu pour s'implanter à la place de la quasi centenaire papeterie de Bègles. Mais les anciens salariés qui étaient aussi en course estiment que deux projets peuvent cohabiter sur les six hectares du site

Elsa Provenzano
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L'association des anciens salariés envisage de recycler 100.000 tonnes de papier par an.
L'association des anciens salariés envisage de recycler 100.000 tonnes de papier par an. — JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP
  • Le groupe Etex a choisi Global Hygiène comme repreneur d’une partie du site de l’ancienne papeterie de Bègles.
  • Déçus, les anciens salariés de la papeterie qui portaient un projet concurrent ne s’avouent pas vaincus.
  • Ils proposent une nouvelle version de leur projet, qu’ils estiment pouvoir faire cohabiter avec l’activité de Global Hygiène.

Y aura-t-il deux projets industriels sur l’ancien site de la papeterie béglaise ? C’est en tout cas le souhait des anciens salariés qui veulent cohabiter avec l’entreprise choisie pour occuper une partie du foncier. Le groupe belge Etex qui employait une centaine de salariés, a mis la clé sous la porte le 31 mars 2021. D’anciens salariés de la papeterie, installée à Bègles depuis 1929, ont créé l’association « Avenir de la papeterie de Bègles » et mis sur pied un projet industriel baptisé Origami. Il prévoit de recycler 100.000 tonnes de vieux papiers en remettant en route l’outil industriel du site, et en le valorisant en matériaux biosourcés, notamment pour l’isolation des bâtiments.

Un projet revu et corrigé pour la cohabitation

Pendant les fêtes, Etex a annoncé avoir signé un protocole d’accord avec son concurrent le groupe Global Hygiène, spécialisé dans la fabrication de produits d’hygiène et d’essuyage à usage unique, pour qu’il s’installe sur une partie du site, grâce au soutien de l’EPA Bordeaux Euratlantique en tant qu’aménageur. D’abord sonnée par cette annonce, l’association veut présenter une nouvelle version de son projet dans l’idée d’une cohabitation avec l’entreprise Global Hygiène. Mettant en avant que le recyclage de milliers de tonnes de papier, aujourd’hui incinérées, a du sens à l’heure de la transition énergétique, l’association espère avoir l’oreille des politiques. Et bénévole au sein de l’association, Bernard Fournié, consultant en transformation des entreprises et ancien dirigeant de l’agroalimentaire, estime qu’il y a « un intérêt économique à ce que les deux projets voient le jour ensemble. »

« Je me félicite de la pérennisation et de la sauvegarde de l’industrie papetière à Bègles par cet accord. Je comprends la déception des salariés. Leur projet était ambitieux et novateur. Aujourd’hui, j’appelle le groupe Global Hygiène à imaginer un avenir commun avec les anciens salariés qui ont beaucoup à apporter au projet », a réagi dans un communiqué Clément Rossignol Puech, maire de Bègles (EELV) et vice-président de Bordeaux Métropole. De son côté Luc Brami, dirigeant de Global Hygiène demande à en savoir plus sur Origami : « Je ne sais pas à quoi correspond leur projet. Je veux bien discuter mais je me prononcerai le jour où j’aurai plus de visibilité. Ils veulent réutiliser la machine à papier or la logique de mon projet est de la remplacer ».

A la recherche de soutiens politiques et financiers

Euratlantique soulève une autre difficulté : « il nous faut revendre le foncier au futur maître d’ouvrage de l’opération et dans les échanges qu’on a eus avec l’association, on a compris qu’ils n’étaient pas en capacité d’investir sur le foncier nécessaire à leur opération or, il n’est pas possible pour l’EPA de rester propriétaire sur le long terme », explique Valérie Lasek, la directrice d’Euratlantique. Pour se faire une place sur le foncier non occupé par Global Hygiène, l’association devrait donc trouver des soutiens financiers.

Les anciens salariés veulent rencontrer le dirigeant de Global Hygiène pour lui exposer leur projet, précisant qu’une partie du stockage de leurs produits finis peut être délocalisée pour libérer de l’espace sur le site. Le président de l’association, Claude Duthil, ajoute que certaines installations comme les stations d’épuration, de pompage et la chaudière pourraient être mutualisées. Il pointe aussi un autre atout, celui de l’installation d’un centre d’apprentissage du métier de papetier, qui a attiré l’attention de la Région. « Mais le maintien de l’outil industriel est nécessaire pour cela », glisse-t-il.