Bordeaux : « Pourquoi pas un grand contournement uniquement ouvert aux poids lourds ? »

MOBILITE Alors que la métropole de Bordeaux vient de créer un groupe de travail consacré à la rocade, les transporteurs routiers veulent aussi faire entendre leur voix

Mickaël Bosredon
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La rocade de Bordeaux
La rocade de Bordeaux — JEAN-PIERRE MULLER / AFP
  • Le sujet de la rocade, de plus en plus saturée aux heures de pointe, est une des priorités de l’année 2022 pour Bordeaux Métropole.
  • Pour les transporteurs routiers, la problématique des poids lourds, et notamment des poids lourds en transit, n’est pas la seule cause de cette congestion.
  • Plutôt qu’un péage pour les camions en heure de pointe, ils plaident pour relancer un projet de grand contournement, et pourquoi pas uniquement réservé à ces poids lourds en transit.

L’année 2022 débouchera-t-elle sur la mise en œuvre de solutions pour améliorer la circulation sur la rocade bordelaise ? C’est en tout cas l’ambition du groupe de travail consacré à cette infrastructure, créé à la fin de l’année dernière par la métropole de  Bordeaux, sur une initiative de l’élu LREM  Thomas Cazenave.

Ce dernier va co-animer ce groupe avec la vice-présidente de la métropole en charge des infrastructures, Claude Mellier (PCF). « Nous allons nous voir régulièrement avec les élus membres de ce groupe, dont de nombreux maires, et nous avons déjà programmé une nouvelle réunion en mars pour partager l’état d’avancement de nos travaux », annonce Thomas Cazenave, qui souhaite que cette instance soit ouverte aux élus de toute la Gironde, et que les professionnels ainsi que les usagers soient consultés.

Autant de poids lourds en transit qu’en desserte locale sur la rocade Est

C’est précisément le souhait des représentants des transporteurs routiers, qui en ont « un peu marre d’être les boucs émissaires » dès qu’il s’agit d’aborder le sujet de la congestion de la rocade. « On ne cache pas le fait qu’il y a des camions en heure de pointe sur la rocade, mais ils ne sont pas là par plaisir, et statistiquement les camions ne sont pas la cause principale des bouchons sur la rocade », assure Olivier Hiceb, délégué de la Fédération nationale des transports routiers Aquitaine, s’appuyant sur une étude réalisée en 2020 par la direction régionale de l’environnement, l’aménagement et du logement.

Celle-ci montre que 25.000 poids lourds circulent chaque jour en moyenne sur la rocade, dont 19.000 sur la rocade Est. La répartition sur cette partie Est de la rocade est relativement égale entre les poids lourds en transit, c'est-à-dire effectuant une liaison entre le nord de l'Europe et l'espagne (49 %) et ceux qui réalisent de la desserte locale (51 %). « Sur la rocade Est, précise l’étude, le nombre de poids lourds en transit à la période de pointe du matin (de 7 h à 9 h) est d’environ 300/h, et de 365/h à la période de pointe du soir (de 17 h à 19 h). Entre les deux, le nombre moyen de poids lourds en transit est d’environ 560/h. » La nuit, cette fréquentation chute à 200 poids lourds par heure. Et l’étude de conclure que « le trafic de transit de poids lourd ne saurait justifier à lui seul la situation de congestion. »

« Un camion représente presque trois voitures »

« Les transporteurs se sont déjà organisés pour passer sur la rocade bordelaise aux moments les moins compliqués, poursuit Olivier Hiceb, même s’il reste toujours des camions aux heures de pointe car il y a des situations où on ne peut pas faire autrement. » La même étude nuance toutefois ces chiffres, précisant que la baisse de fréquentation en heures de pointe « pourrait s’expliquer par la congestion plutôt que par une réelle adaptation des poids lourds aux contraintes horaires de la journée », et que sans la congestion, la fréquentation des poids lourds en transit aux heures de pointe serait plutôt de 415/heure.

Thomas Cazenave ajoute également qu'« il faut aussi prendre en compte l’espace occupé par un camion, qui représente presque trois voitures, pointe-t-il. C’est une réalité qu’on ne peut pas évacuer. »

Pour l’élu LREM, « il y a trois champs d’investigation » à explorer autour de ce dossier de la rocade : « les aménagements à réaliser autour de l’infrastructure (échangeurs, accès…), la transformation de l’usage de la rocade en utilisant par exemple la bande d’arrêt d’urgence ou en réservant une voie aux transports collectifs, et enfin cette question du trafic international de poids lourds. » Plusieurs propositions, comme un péage différencié selon les horaires de passage des camions, devraient être mises sur la table. « Il ne faut s’interdire aucune piste de réflexion, poursuit Thomas Cazenave, mais on ne pourra pas réguler le trafic s’il n’y a pas des alternatives proposées à ces camions, pour les retenir en amont et en aval » prévient-il. Comprendre qu’il faudrait construire des aires de stationnement pour ces poids lourds, à ce jour insuffisantes.

Les transporteurs contre des « mesures coercitives »

Côté transporteurs, on est absolument contre des « mesures coercitives » envers les poids lourds. « Avec un péage ou des heures de circulation réservées, on sortira peut-être 200 ou 300 poids lourds en transit aux heures de pointe », ce qui serait insuffisant pour agir sur la congestion, selon Franck Puharré, délégué régional Sud-Ouest de Transport & Logistique de France (TLF). « Et comment fera-t-on le distinguo entre les poids lourds en transit et ceux qui réalisent de la desserte locale, qui représentent un camion sur deux ?, s’inquiète-t-il. Cette mesure risque de pénaliser aussi les transporteurs qui viennent livrer les supermarchés et les entreprises de l’agglomération, qui seraient dès lors obligés de modifier leur organisation économique. »

Les deux représentants des transporteurs routiers plaident « pour un contournement routier de la métropole, qui raccrocherait les autoroutes existantes, et pourquoi pas un grand contournement uniquement ouvert aux poids lourds. Les acteurs économiques y sont en majorité favorables. »

« La question c’est que fait-on maintenant ? »

« Le grand contournement n’est pas un sujet tabou, assure Thomas Cazenave, mais il n’est pas à l’ordre du jour du groupe de travail, car on n’est pas dans la même temporalité. Quand bien même il serait relancé, il faudrait plusieurs années pour le mener à bien. La question c’est que fait-on maintenant ? Est-on capable de mieux répartir l’espace ? »

La métropole indique que « des discussions vont désormais s’engager avec l’Etat, gestionnaire de l’infrastructure, pour que soient prises en compte les attentes du territoire dans les meilleurs délais. »