Bordeaux : Comment régler l’épineuse question de la saturation de la rocade par les poids lourds ?

MOBILITE Les usagers de la rocade bordelaise attendent impatiemment des solutions pour désaturer la rocade de Bordeaux, empruntée quotidiennement par plus de 18.000 camions

Mickaël Bosredon
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Bouchon sur la rocade de Bordeaux
Bouchon sur la rocade de Bordeaux — M.Bosredon/20Minutes
  • Bordeaux Métropole a mis en place un groupe de travail exclusivement consacré à la rocade de Bordeaux, notamment pour répondre à la problématique des poids lourds.
  • En première ligne face à ce phénomène, le commandant de la CRS autoroutière Frédéric Cayla déplore une conséquence particulièrement dangereuse : le stationnement sauvage de ces poids lourds sur les bandes d’arrêt d’urgence.
  • Il demande la création d’aires de stationnement consacrées aux camions pour les retenir durant les heures de pointe, alors que Bordeaux Métropole préconise « un péage différencié selon les horaires de passage des camions ».

La circulation sur la rocade, et notamment le flot de  poids lourds constaté à certaines heures de la journée, c’est le sujet qui alimente les débats depuis la rentrée à  Bordeaux (Gironde). Et ce sera l'un des dossiers prioritaires de l'année 2022.

A tel point que Bordeaux Métropole a décidé de créer en octobre, sur proposition de l’élu LREM Thomas Cazenave, un groupe de travail exclusivement consacré à ce sujet. « Boucle de 45 km constituée de 27 échangeurs, la rocade a un trafic qui varie entre 80.000 et 150.000 véhicules/jour, selon les heures et les secteurs, et qui augmente de 1 % tous les ans depuis une décennie », rappelle la collectivité dans un communiqué.

« Face à l’état de saturation de la rocade, nous sommes devant un dossier capital, complexe et incontournable pour la métropole, qui nécessite de prendre des mesures rapides et efficaces », promet le président de Bordeaux Métropole, Alain Anziani. Une première réunion de travail doit avoir lieu dès le mois de janvier.

Un camion sur deux en transit

Commandant divisionnaire de la CRS autoroutière Nouvelle-Aquitaine, Frédéric Cayla a en charge le périmètre de la rocade. Il est en première ligne face à ce phénomène d’engorgement, qu’il voit « monter » depuis le dernier déconfinement « et la reprise de l’activité économique, avec une forte augmentation du nombre de poids lourds sur la rocade, et les portions d’autoroute A10, A62 et A63 » assure-t-il.

Pour l’année 2020, « on enregistrait 18.000 poids lourds par jour sur la rocade bordelaise », dit-il, s’appuyant sur des chiffres de la Dira (Direction interdépartementale des routes Atlantique). « Cette fréquentation devrait être en hausse pour l’année 2021 » anticipe le commandant de la CRS autoroutière.

Les poids lourds, le plus souvent en transit entre le Benelux et l'Espagne, se concentrent essentiellement sur l’itinéraire Nord/Sud (A10-RN10/A63) via la rocade Est et Sud. « Sur la rocade Est, analyse la métropole, un camion sur deux est en transit, sans lien avec l’activité économique de l’agglomération, ce qui représente un tiers du trafic routier de la rocade Est. »

Accident mortel

Cette augmentation a vu un phénomène qui existait déjà s’accentuer : le stationnement de ces poids lourds sur les bandes d’arrêt d’urgence, durant leurs temps de pause, faute de place dans les aires conventionnelles, saturées.

« Le phénomène est assez diffus, mais on le rencontre essentiellement à l’approche des aires de repos des stations-service », analyse Frédéric Cayla, qui dit en avoir fait son « cheval de bataille », notamment depuis un accident mortel à la fin de l’été dernier. Ce matin-là, une camionnette a violemment percuté un de ces camions en stationnement illégal. L’accident avait fait un mort.

« Ce ne serait pas arrivé si le camion n’avait pas été garé là où il n’avait rien à faire, déplore le commandant de la CRS autoroutière. La Dira a depuis réalisé des travaux pour empêcher tout stationnement à cet endroit. Plus globalement, je demande désormais à tous mes agents de la CRS autoroutière d’inspecter la rocade chaque matin, et de verbaliser ces véhicules quand ils constatent du stationnement sauvage. »

Près de 900 contraventions pour stationnement dangereux ou gênant

La contravention peut aller de 35 euros à 135 euros et trois points retirés sur le permis de conduire, en fonction de l’intitulé de l’infraction. « Depuis le début de l’année, nous sommes à plus de 500 verbalisations pour stationnement dangereux, et 387 verbalisations pour stationnement gênant sur bande d’arrêt d’urgence, ce qui fait au total 892 verbalisations, soit 74 verbalisations par mois » dénombre Frédéric Cayla.

« Mais plus que la verbalisation, je veux que le poids lourd bouge, ce qui est très compliqué à faire comprendre au chauffeur alors qu’il est généralement sur son temps de pause obligatoire, car il devra alors expliquer en cas de contrôle les raisons pour lesquelles il a dû déplacer son camion. »

« Nous ne faisons que traiter les symptômes »

Le commandant de la CRS autoroutière déplore également « beaucoup d’accidents matériels entre 6h et 9h du matin, avec notamment des poids lourds qui ne respectent pas les distances de sécurité. On peut ajouter à cela l’utilisation du téléphone, ou encore le non-respect de l’interdiction de doubler, en particulier dans la descente de Bouliac… Nous effectuons régulièrement des contrôles, mais ce n’est pas la CRS autoroutière qui pourra résoudre tous les problèmes, nous ne faisons que traiter les symptômes, or il faut s’attaquer à la cause, et réduire le nombre de poids lourds qui pénètrent sur les portions d’autoroutes de l’agglomération. »

Pour Frédéric Cayla, « les solutions à mettre en œuvre sont politiques, comme l’instauration du ferroutage [mode de transport de marchandises combinant rail et route], ainsi que la mise en place de créneaux horaires de circulation pour les poids lourds. Pour cela, il faut créer davantage d’aires de stationnement réservées aux camions, ce qui permettrait de les retenir durant les heures de pointe, et ce qui aurait pour effet de fluidifier la rocade. »

Péage différencié selon les horaires de passage des camions ?

Bordeaux Métrople évoque de son côté « l’éventualité d’un péage différencié selon les horaires de passage des camions. » Les autres axes de travail sur la table sont de s'attaquer aux « voies d’entrecroisement entre les échangeurs 16 et 18, l’amélioration du nœud A10/rocade/RN89, ainsi que l’échangeur d’Hourcade en lien avec le développement économique du site. » La question du grand contournement routier de Bordeaux, dans les cartons depuis plus de vingt ans, ne fait pas partie à ce jour des projets envisagés par la métropole.

La collectivité rappelle toutefois que les solutions devront être mises en œuvre avec l’Etat, gestionnaire de l’infrastructure.