« Plus ça va, moins je comprends la religion »

— 

Ils parlent encore la langue présumé du Christ. Les chrétiens de Maaloula, petit village de Syrie, sont les derniers à pratiquer l'araméen. Le Bordelais Christophe Goussard leur consacre une expo à la cour Mably, dans le cadre du festival Itinéraires des photographes voyageurs.

Comment est né ce projet ?

En 2002, j'ai suivi le groupe Noir Désir en tournée au Moyen-Orient. C'est là que j'ai entendu parler de ce village araméen, où je suis retourné plusieurs fois jusqu'en 2007. Ce travail est publié dans un livre Les autres, balade araméenne, édité chez Filigranes et coécrit avec l'auteur Christophe Dabitch.

Comment vivent ces derniers Araméens ?

Le village de Maaloula a résisté aux attaques de l'Empire ottoman et la religion chrétienne y est toujours majoritaire. Ces chrétiens ne font pas l'objet de menaces. Ils sont pratiquants mais ouverts, et certains ont des liens amicaux très forts avec des musulmans. Mais c'est une situation fragile. Le village compte aujourd'hui 25 % de musulmans et une deuxième mosquée vient de voir le jour. Cela crée des petites querelles de clochers et de minarets... Par exemple, le jour de Pâques, le volume du haut-parleur du muezzin avait été augmenté pour couvrir le son des cloches.

En quoi cette minorité vous intéresse ?

L'araméen, la langue du Christ, est en train de mourir mais elle fait parler d'elle. Mel Gibson l'a d'ailleurs utilisée dans son film La Passion du Christ. Je voulais revisiter cette histoire. Je m'intéresse à la religion car elle est au coeur de nombreux conflits. J'aime étudier les différents points de vue, car les médias transmettent souvent une vision partielle des faits. La moindre bagarre de rue diffusée sur CNN prend des proportions énormes. J'essaie de me forger mon opinion. Mais plus ça va, moins je comprends.

Quels sont vos autres travaux ?

Je m'intéresse à l'humain et à la mémoire des lieux. Je termine une commande à la prison Saint-Paul de Lyon, qui va être détruite. Je travaille aussi avec le monde viticole, les personnes âgées et collabore régulièrement à la revue Le Festin. W

Recueilli par Marion Guillot

« Les autres, balade araméenne », jusqu'au 30 avril à la cour Mably. 05 56 92 65 30.